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24.11.2007

J’ai placé des sentinelles sur tes remparts Jérusalem

25 mai 2007, carmel d’Avranches
17h. Je viens d’arriver, et je suis déjà absolument heureuse. Dans ma chambre. Silence. D’abord recopier l’horaire de mes journées à venir, et dès tout à l’heure :
7h oraison
8h petit déjeuner
8h25 laudes
9h messe
12h office du milieu du jour
12h15 déjeuner
*le samedi : 12 h office des lectures et milieu du jour
12h30 déjeuner
17h45 office des lectures et vêpres
oraison
19h15 angélus
dîner
21h complies

17h20 Je vois dans une brochure que l’un des pères de la paroisse s’appelle Raymond Roussel.

26-5-07, 10 heures du matin
Je pleure pendant les cérémonies, et aussi en rentrant dans ma chambre.
Ce matin j’ai communié pour la première fois de ma vie. Cette chapelle est très dépouillée. Étrangement, j’entre moins facilement en Dieu ici que dans ma vie ordinaire. Parce que tous ces rites, c’est un chemin que je ne connais pas, pour y aller. Du coup je ne connais plus mon raccourci. Pourtant je sens quelque chose, très fort. Un tremblement. Je voudrais pouvoir être carmélite, moi aussi, pour toujours.
J’ai écrit hier, après les vêpres. Parce que je mourais d’envie de prier, et j’ai su que c’est ma meilleure façon de prier, écrire. Quand l’immédiat silencieux ne vient pas tout seul. Je me suis jetée sur mon cahier comme sur un gâteau vraiment, le corps du Christ.
Dans les livres qu’on nous donne pour les récitations chantées, à chaque ligne au moins deux voyelles sont en italique. Les termes qui m’ont frappée : « le sang du Verbe » ; et « j’ai placé des sentinelles sur tes remparts Jérusalem », qui me donne tout de suite à voir, et dans une lumière exquise. Jérusalem est un gâteau de noces. Le seul homme avec qui j’aurais aimé me marier existe-t-il vraiment ?

11 h C’est une bien grande souffrance que j’ai eue, avec (…) Je voudrais n’en retenir que la joie, mais j’ai peur que ce ne soit la douleur qui me reste. Pourtant c’est quand j’étais dans la joie d’aimer cet homme que j’ai le mieux connu Dieu. La souffrance a-t-elle servi à quelque chose ? Sinon à la connaissance de la souffrance et des enfers qu’elle porte ? Mais à quoi sert cette connaissance ? À une meilleure connaissance des hommes et du monde, oui. À un renforcement de l’amour quand il la vainc, sans doute – mais ce n’est pas sûr absolument. Connaître la douleur c’est aussi la créer, l’agrandir. J’ai peur qu’il ne soit pas possible d’augmenter suffisamment la joie pour qu’elle puisse venir régner.
Je me sens comme une mission, maintenant que je sais à peu près écrire. Ce n’est pas facile, voilà au moins qui contribue à faire remonter ma joie, à l’instant où je l’écris.

14:50 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Littérature