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25.03.2008

Gloire au monde

539ca9c78440ec83922969a6b2b7e63e.jpg(...) J’ai consulté le panneau des trains en partance, et je suis montée dans le premier.

Même si je le connaissais déjà, c’était encore la première fois que je voyais le monde ! Assise derrière la vitre, je l’ai regardé avidement, je suis entrée dans la peinture, j’ai franchi ses couches secrètes, à toute allure et sans me presser. Vous voyez ce que je veux dire, n’est-ce pas ? Les lignes en fuite, les couleurs qui éclatent, perdurent, filent… les coquelicots le long des voies… de grandes éoliennes qui tournent lentement sur le ciel perle… dans les champs les jets vifs et blancs des arrosages rotatifs… tendus entre ciel et sol, les chemins noirs des lignes électriques… l’effet ratissé des plantations nouvelles, dans le découpage géométrique des terres… rectangles vert foncé, vert clair, jaunes… parfois semés de bosquets compacts… ou bordés de haies sombres… ou encore, le long des rails, de barrières de fils métalliques qui s’enfuient à la vitesse du train, puis se cachent derrière un talus de verdure dense, tachée de genêts étincelants… le ciel qui vient et revient… vire au bleu pâle, mêlé de nuages blêmes aux formes indécises… fugace, une rivière, étroit creuset de mercure, entre deux hautes rangées de peupliers… dans un pré cinq vaches blanches couchées en ligne, dont la dernière agite la queue en l’air, formant un S… qui disparaît, laisse place à une parcelle de terre nue, peignée, grumeleuse, claire, presque rose… à laquelle succèdent des cercles de coquelicots… des étendues d’eaux vertes, pleines de reflets d’arbres… ici une barque amarrée à la rive, où s’imagine toute une vie de poissons, d’oiseaux…


Les premières larmes de pluie viennent danser, obliques, à la vitre. Le contrôleur entre dans la voiture, commence à vérifier les billets.
J’entends des voix de garçons. Je me déplace sur le siège libre à côté de moi, pour les voir.
Ils sont quatre, les cheveux ras, des soldats en permission. Seul m’apparaît clairement celui qui me fait presque face, de l’autre côté du couloir. Je sais que c’est le plus beau, et qu’il est pour moi.

Pour le profond tableau, pour la terre, l’eau, le ciel, pour la pluie, pour le jeune homme qui en vient, merci, Amour, Seigneur, je reste dans tes bras. (...) (roman inachevé)

colombes et palme

14:05 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Littérature