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24.06.2008

24 juin, saint Jean Baptiste

J’étais revenue du pays des morts, j’avais pour le restant de mes jours l’obligation morale de voir les couleurs, de reconnaître la vie et de lui rendre grâce. Une jeune fille s’est mise à chanter. De ma place je ne la voyais pas, mais je voyais l’ondulation de sa voix au-dessus des herbes, portant sa mélodie lente et ardente à l’intérieur même de la chair du monde. Comme si je m’éveillais soudain, j’ai pris conscience que ce chant venait de l’intérieur de moi, j’étais la jeune fille en train de chanter, c’était l’amour en moi qui passait par ma gorge et chantait.

Le soir est tombé. Les chevaux, dessellés, étaient partis courir librement pour la nuit. Ils savent se défendre contre les loups. Nous avons dîné d’agneau grillé et de lait de jument fermenté, en compagnie de notre nouvelle famille, ce petit groupe de nomades aux yeux bien fendus, indépendants et hospitaliers, qui nous ont accepté parmi eux. Fatigué par sa chevauchée, Jean-Loup s’est endormi très vite. Baptiste et moi nous l’avons regardé, notre ange, dans son sommeil.

Quand nous avons été couchés l’un contre l’autre, j’ai dit à Baptiste, en caressant son torse et ses bras musclés par la vie au grand air : Nous sommes partis si loin, loin… Sur sa peau je sentais les grands espaces qui n’en finissent pas, et les chevaux demi-sauvages, et le temps bien revenu de notre enfance. Ses cheveux avaient poussé. Détachés, ils bouclaient le long de son dos. Nous nous sommes emboîtés, nous avons roulé l’un sur l’autre, l’autre sur l’un, encore. Il m’a semblé qu’il n’avait jamais pénétré aussi profondément en moi, comment pouvais-je être aussi profonde, et lui aussi pénétrant ? Après l’amour, il s’est endormi sur moi. Tous deux bras en croix, nous tenant par les mains.

(La Dameuse)

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