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11.02.2009

le dessin lui-même, lavé par la pluie et le soleil

« Il pourrait y avoir quelque chose d’indécent à afficher sans pudeur l’émotion intime d’une femme dans la rue d’une grande ville comme Naples. Devant tout le monde, Marie Madeleine s’absente hors du temps et du lieu, dans l’extase qui dépasse tout ce qu’on peut en dire, et dont le commun des mortels n’a certainement pas la moindre idée. Cette aristocrate de la spiritualité – rares sont ceux qui peuvent vivre un tête-à-tête avec Dieu -, n’a rien d’incongru dans le dédale des vieilles rues napolitaines (…)
Son corps si grand – grandeur nature – possède une évidence qui donne de la côtoyer avec autant de naturel qu’une présence familière et aimée, rassurante dans son étrange beauté. (…)
Elle s’étale et s’abandonne là, parmi la misère des enfants des rues, à peine visible derrière le capot des voitures. Elle est pourtant bien présente parmi les passants, passante elle-même, toujours en route, dans ses ravissements, vers quelque ailleurs où elle nous conduit si nous n’y prenons garde. Jusqu’à ce que le dessin lui-même, lavé par la pluie et le soleil, ait disparu, fondu dans le mur, seulement relayé par la photographie qui en garde une mémoire furtive. »

Isabelle Renaud-Chamska, à propos d’une Marie Madeleine d’Ernest Pignon-Ernest, in Marie Madeleine en tous ses états, Cerf, 2009