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28.02.2009

Oracle de YHWH

Dieu me dit : regarde donc ces imbéciles,
Qui persistent à me réclamer le déluge,
Qui veulent à tout prix que je les noie,
Qui par dépit de voir leurs sacrifices ne trouver nulle grâce
À mes yeux, gesticulent devant ma face
Qu’ils ne voient pas, nains en esprit,
Attardés en leur analité, qui ne veulent rien lâcher,
S’acharnent à quêter, à tenter de monopoliser
Mon attention sur eux, envieux de provoquer mon regard.
Dis-leur, ma belle, me dit Dieu, toi que j’ai laissée
Marcher librement vers moi, longtemps,
Toi mon peuple que j’ai depuis le début aimée,
Toi à qui j’ai donné des fils, des amants, des frères,
Des sœurs lumineuses, courageuses et rieuses,
Tant de bien-aimés, de bien-aimants,
Toi que je suis venu sauver des groins des anges déchus, des mal-aimants,
Toi à qui j’ai donné maintenant l’amour le plus parfait,
Toi à qui j’ai présenté un homme pour vivre avec toi cet amour,
Toi mon Humanité,
Toi qui as tant connu la faim, la soif, et que j’ai rassasiée,
Maintenant et pour les siècles des siècles,
Je te le demande, quoiqu’il t’en coûte : prêche aussi aux nuisances,
Aux esclaves du monde qui trouvent existence en imitant l’époque,
Aux mauvais perdants qui par leur seule faute ont perdu,
Aux stupides moutons qui bêlent à tout vent et restent
Impuissants à aimer, à créer, à rien faire
D’autre qu’aveugler, piller, empoisonner la Vie.
Dis-leur que j’entends malgré tout leur détresse, leur maladie,
Que mon amour les guérira s’ils en forment le voeu,
S’ils osent pour cela me regarder en face.
Dis-leur qu’ils ont pour être sauvés à lâcher prise,
Oublier leur ego grimpé sur ses ergots et son tas de purin,
Leur dérisoire volonté de puissance, que rien n’assouvira
Car je suis le seul Tout-Puissant
Et simplement se mettre en marche, vers moi, la Source,
Qui rends pure, belle et lumineuse toute vie qui se donne vraiment.

Cela qui vient

DSC04275.JPG"... L’œuvre de création part de Dieu. Elle englobe tout. En fait le Créateur est déjà désigné dès le début de cette acclamation.
« Digne es-tu, le Seigneur et notre Dieu,
de prendre
la gloire et l’honneur et la puissance. »

Dans la première vague de l’acclamation, le sujet qui acclame l’emporte sur l’objet de son acclamation, tout entière centrée pourtant sur cet objet : le Seigneur. Dans la deuxième vague, l’objet de l’acclamation est premier. C’est logique puisqu’il s’agit du Créateur. Mais il faut le sujet créé pour l’exprimer. « Gloire, honneur et action-de-grâces (eucharistia !) » du début deviennent, à la fin : « La gloire, l’honneur et la puissance ». La puissance en question est tout sauf dominante ou écrasante. Elle se communique par pure oblation de soi, par amour.


Pour annoncer ce qui doit arriver bientôt, c’est-à-dire la venue du Christ dans l’histoire du monde et de l’Église, la fin, il est impératif de dévoiler le secret de la création. Elle est en réalité la manifestation de la gloire et de la puissance de Dieu, attendue dans l’espérance pour la fin. C’est une puissance sans ambiguïté puisqu’elle est célébrée par des créatures conscientes de leur vulnérabilité et de leur fragilité, mais plus encore de la manière dont cette gloire et cette puissance se dévoilent en « Celui qui nous a déliés de nos péchés dans son sang » (1, 5b) : « Le vivant, et je devins mort et voici, vivant, je (le) suis » (1,18), l’Agneau qui va être présenté comme égorgé en 5,6.9.12. La circularité de l’acclamation liturgique, ne fait qu’épouser la triple titulature remaniée du tétragramme : « Celui qui était et Celui qui est et Celui qui vient » (1,4.8 ; 4,8).


La liturgie s’en trouve définie comme cette synergie en acte de l’œuvre créatrice de Dieu et de son assomption créatrice par l’homme en société, ou en communauté cultuelle. Ce culte marque l’ouverture de la société humains à plus grand qu’elle. Il n’est en rien aliénant. Cette symbiose de l’homme et de Dieu respecte la spécificité de l’un comme de l’autre, sans opposition dualiste, mais dans la reconnaissance d’une réelle dualité. La dualité n’empêche pas la plus étroite communion, elle la rend possible. Nier cette dualité priverait de cette union sans confusion.

Yves Simoëns, sj
extrait d'une formation en plusieurs étapes proposée par le site croire.com, conçue par l'auteur à partir de son livre, à découvrir ici, sur le site des Jésuites.

27.02.2009

Au désert

Deux heures et demie du matin à Alger, je ne peux pas dormir à cause du robinet qui fuit dans la salle de bains. Jack Kerouac est avec moi dans le lit, son visage tellement humain sur la couverture d'Anges de la Désolation. Son écriture libre, vivante, inventive. Comme lui. Je suis libre aussi et je couche avec toi, Jack.

J'ai oublié le nom de cet hôtel où on nous a emmenés à Tamanrasset, mais je me souviens de ce qu'a dit un prêtre hier matin, à propos d'éventuelles adaptations cinématographiques de la vie de Charles de Foucault : « J'ai du mal avec la fiction ». Tout le problème de notre vie est là : fiction ou pas fiction ? On n'arrête pas de se raconter des histoires, en se demandant désespérément laquelle est la bonne. Ou bien on décide de croire dur comme fer à la première histoire venue, et alors tout va encore plus mal.

Hier soir à Tamanrasset le ciel était rose de sable, et le vent soufflait à déraciner les arbres dans les rues. De rares grosses gouttes d'eau se mêlaient à la tempête de sable, si rares qu'elles n'adoucissaient en rien la chaleur ni la sécheresse de l'air. « D'habitude le ciel est toujours bleu », semblaient s'excuser les gens du pays, avec leur habituelle gentillesse. Les Touaregs sont très beaux, voilés jusqu'aux yeux comme des femmes - leurs yeux sombres et pétillants. Ils sont beaux et ils ont le sens de la beauté, on le voit à leur façon de se tenir et de se vêtir. La beauté des hommes ne suffit-elle pas à vous donner envie de rester dans un pays ? Dans les rues de la ville du désert, rose et sèche et désolée comme le sable, des jeunes désœuvrés regardent passer le temps comme d'autres, ailleurs, le font en bas de leur cité.

Ici aussi, en plein désert, comme dans toute l'Algérie, comme chez nous, le chômage frappe. Il est vrai qu'avant "les événements", on comptait pas moins de 150 agences de tourisme dans cette ville de garnison qui fut toujours une porte mythique du Hoggar. Guides, 4x4... Qui aspirait à vivre ses rêves de Petit Prince trouvait à « Tam » toute la logistique nécessaire. Mais il n'est rien - pas même les rêves - que l'homme ne sache détruire. Et les guerres, alors, sont plus fortes que la paix du désert. Les 150 agences ont fermé. Les adolescents, essentiellement des garçons, qui marchent par petits groupes dans la poussière des rues, ont l'air farouche. Il paraît qu'il ne sont pas commodes. Pourtant une lumière lancinante s'échappe d'une épicerie, et c'est toute la magie poignante et exaltante du Maghreb qui soudain vous enlève, et encore une fois, vous donne envie de rester.

La veille, on a dormi à la belle étoile, dans le Hoggar. Tagrera, vaste lit de sable encorbeillé d'orgues montagneuses.

Aller-retour 600 kilomètres de piste, à toute allure dans les 4x4 pilotés par ces Touaregs à mon avis bien plus fortiches en conduite que n'importe quelle star du Paris-Dakar. C'est en arrivant au but, pendant que les autres entreprenaient l'ascension de la dune pour admirer le coucher de soleil sur l'étendue tuante du désert, que Youcef m'a raconté une histoire. En marchant lentement vers le cœur du site, lentement, l'âme lourde, comme en voie de pénétrer un corps pour la première fois, notre corps-même, le corps intime du monde, notre chair, exsangue et crue, guérie jusqu'à l'os de tous ses mensonges.

C'est l'histoire d'un petit garçon perdu. Sa mère l'avait laissé jouer devant la porte, et puis il avait disparu. Ne le retrouvant pas, elle avait fini par donner naissance à un autre garçon, qu'elle avait appelé du nom de son premier fils. Pendant ce temps-là, l'enfant perdu avait été adopté par une autre famille. Devenu adulte, il consulta une spécialiste des esprits, ou si vous préférez une spécialiste de la mémoire, qui le mit en condition de remonter dans le temps, interroger à distance sa mère biologique, et apprendre d'elle son nom et son adresse. Ainsi l'enfant perdu put-il retrouver sa mère originelle.

« Et ce fut très dur pour la mère adoptive », ajouta Youcef, qui avait assisté à la longue et douloureuse séance de spiritisme, et en était resté tellement bouleversé que plus tard, il me parla deux autres fois encore de cette histoire.

Le soir tomba. Assis en grand cercle dans le vaste berceau de sable encadré de la découpe sombre et fantomatique de hauts rideaux rocheux, on a dîné, tous ensemble : les officiels, nos hôtes du ministère du Tourisme algérien, des ambassadeurs africains, et divers journalistes ou apparentés, pour la plupart algériens, ainsi que quelques « communicants » français. Salade, méchoui et semoule. Tandis que femmes et hommes du désert commençaient à jouer de la musique, chanter et danser, je m'endormis à même le sable frais, toute habillée. Un peu plus tard, la fête finie, je fus réveillée par les voix des jeunes Algériens qui discutaient derrière moi. Leur conversation roula d'abord sur la bataille que se livraient Pepsi et Coca sur le marché national. Puis :

- Amina et moi, dit l'un, quand on vivait à Paris, on allait manger au Flunch tous les soirs. C'était pratique, elle avait pas besoin de faire la cuisine...

- Moi, dit un autre, les premiers temps où j'étais là-bas, pendant un mois, je n'ai mangé que des raviolis. Il y avait une pub à la télé, et là-bas quand ils font une campagne de pub ils la passent tous les soirs. Alors moi je pouvais pas résister. Après ça a été la pub pour le cassoulet, et je n'ai plus mangé que du cassoulet...

- Etre en France et ne manger que des conserves, fit remarquer une fille, c'est dommage. Ils ont quand même des bonnes choses là-bas. La salade toute prête, par exemple. Ou les surgelés. Les frites surgelées... C'est ça qui nous manque, en Algérie...

Au plus profond de la nuit, quand tout le monde fut endormi dans le sable, je regrettai de ne pouvoir m'isoler tout à fait pour laisser couler et sursauter de moi de bonnes larmes sensuelles, de bons sanglots mystiques, de bons orgasmes métaphysiques dans le silence des étoiles. Les rêves des hommes et des femmes étendus près de moi dans l'ombre, encombrés de la marche cruelle du monde , montaient du sable et endeuillaient même le ciel. Comment oublier ma première nuit à Alger ? Les fantômes terrifiants qui s'obstinaient à pénétrer dans mon sommeil par la porte entrouverte du balcon ?

Au matin de cette première nuit, Youcef avait dit : « Je vais vous emmener promener dans la ville ». Toute belle et blanche sous le ciel bleu, Alger dégringolait tranquillement des collines vers la mer. On a fait le tour de la ville en voiture, admirant son architecture coloniale et délabrée, constatant qu'en cette fin avril 1998 la population vaquait paisiblement à ses affaires, encadrée par une très forte mais relativement discrète présence policière. On n'irait pas se promener à pied, cependant. Youcef dirait que c'était simplement par manque de temps, parce qu'il nous fallait aller prendre l'avion pour Tamanrasset. Les gens du ministère diront qu'il ne serait pas prudent pour des touristes de sortir sans escorte, même si la population est amicale, voire désireuse de s'ouvrir aux étrangers. « S'ils ne vous laissaient pas sortir seuls », dira, à Paris, le chauffeur de taxi algérien, « ce n'était pas seulement pour votre sécurité, mais surtout pour vous empêcher de parler librement avec les gens, et d'entendre leur mécontentement... » A chacun son histoire...

Le regard tour à tour noir et doux de Malika, Française d'origine kabyle qui fait partie du voyage... Ses mots : « Je suis née en France, mais jusqu'à une date récente j'ai refusé la nationalité française, pour faire plaisir à mes parents. C'était une question de fierté, pour eux... » Et aussi : « J'ai passé Noël dernier dans ma famille, en petite Kabylie. J'avais mon P38, tout le monde portait une arme sur soi en permanence. » Et encore : « Tu as remarqué comme les gens ne se laissent pas abattre ? C'est comme ça, ici. C'est pour ça que j'aime ce pays. »

L'embarras démesuré de Youcef, chaque fois que l'organisation laisse à désirer. Comme s'il était personnellement responsable de la marche et du fonctionnement de son pays. Sa volonté flagrante de minimiser les problèmes politiques, de croire à l'imminence de lendemains meilleurs.

Le témoignage de Jonathan, aventurier-banquier anglais : « Quand je suis arrivé ici, en 94, Alger était pleine de barricades, les gens restaient terrés chez eux. » Son cynisme d'homme d'agent : « Il y a beaucoup de chômage, c'est vrai, mais c'est un sacrifice nécessaire. Le gouvernement fait ce qu'il faut pour assainir la situation financière du pays. »

« Les journaux étrangers racontent toujours les mêmes histoires sur nous », se plaignent les Algériens qui nous encadrent. « Des histoires de massacres et de terrorisme... » Eux, ils croient à une autre histoire. Celle de la résurrection très prochaine de leur pays, leur pays si beau, si grand, si jeune, plein de richesses et de vitalité, qui veut s'en sortir, et s'en sortira.

Moi, je ne crois jamais tout à fait à aucune histoire, pas même aux miennes. Je ne crois qu'au sens caché des rêves qu'on fait la nuit, et à celui de ces histoires étranges qu'on raconte malgré soi à d'étranges moments... Par exemple ces histoires de filiation complexe qui se présentent à l'esprit en arrivant dans le désert... Là où l'homme a des chances de se voir lavé de toutes ses inutiles fictions.


texte écrit en 1998, publié dans Le Passant Ordinaire (avec quelques erreurs ici corrigées)

26.02.2009

Carême !

Je viens de faire un lapsus de lecture. Où était écrit "liturgie du carême", j'ai lu "liberté du carême".

...


Le chat ouvrit les yeux,

Le soleil y entra.

Le chat ferma les yeux,

Le soleil y resta.



Voilà pourquoi, le soir

Quand le chat se réveille,

J'aperçois dans le noir

Deux morceaux de soleil.

Maurice CARÊME

Se dépayser

"La cueillette est toujours un bon prétexte pour s’enfoncer des heures durant dans la forêt. Même quand il s’agit d’une territoire que l’on connaît, il y a toujours un moment où l’on est dépaysé, surtout si l’on y va seul. C’est peut-être ça que je cherche avant tout, le dépaysement. Attention, quand on y prend goût, on ne peut plus s’en passer !

Chaque cèpe trouvé, je l’ai dit, est en soi un dépaysement, puisqu’il semble à la fois mystérieusement très vivant et surgi de nulle part, et vous renvoie comme en miroir la même sensation, le même sentiment de vous-même. Mais la forêt vous dépayse encore de mille autres manières. L’oxygène qu’on y respire, couplée au silence et au léger effort de la marche, procure vite une sensation d’ivresse. Bientôt les mousses, les feuilles mortes, les rochers, les cris des oiseaux, les lichens qui pendent des arbres, la lumière qui filtre d’entre les faîtes, les branchages qui cassent sous vos pas, les troncs couchés qu’il vous faut enjamber, l’odeur entêtante de l’humus, tout vous paraît surréel.

C’est comme si une porte s’était ouverte pour vous faire entrer dans un autre monde. Il y a aussi, bien sûr, la variété, les formes et les couleurs fantastiques de tous les champignons que vous croisez sans les cueillir. Il y a l’amanite rouge à pois blancs, il y en a des tout noirs, des tout jaunes, des tout blancs, il y en a des petits orange ou bruns qui poussent par colonies, il y a ces langues qui semblent sortir des troncs et notamment des souches où elles grandissent en durcissant, par cercles concentriques, parfois presque jusqu’à faire le tour…

Tout ceci, vous le sentez, est plein d’une vie secrète, mi-merveilleuse, mi-terrifiante. Et puis, si vous partez suffisamment longtemps, il vient toujours un moment où vous êtes un peu perdu. Soudain vous ne savez plus où vous êtes. Au fur et à mesure de votre progression dans la forêt vous vous êtes laissé gagner par une légère et joyeuse panique, et voici qu’elle se retourne en sourde inquiétude. Vous ne savez pas où vous êtes, et c’est presque : vous ne savez pas qui vous êtes.

Voilà ce que j’appelle le dépaysement : vous n’êtes plus pour vous-même votre pays de connaissance. Vous n’êtes plus cet être qui mène ses pas, mais un être que ses pas ont mené où il ne se reconnaît plus. Tout se tait si fort que vos oreilles en bourdonnent. Qui est là ? Par où est ma maison ? Un pic martèle un tronc, mais il ne vous répond pas, ni lui, ni rien d’autre. Tout à l’heure vous marchiez en contemplant tous ces éléments charmants de la forêt, maintenant ce sont eux qui semblent vous contempler, immobiles, muets. Chacun son sort, semblent-ils penser. Vous voient-ils en intrus ? Ou simplement comme une pierre qui roule çà et là ? (Un jour, si vous vivez, viendra le moment de votre vie où vous serez devenu vous-même la forêt, et son regard immémorial sur l’être humain)."

(extrait d'un livre sur la cueillette écrit au carmel d'Avranches, à paraître l'année prochaine)

25.02.2009

Guide

DSC04223.JPG

24.02.2009

Jeûner

"Le carême doit avoir un aspect concret, sinon il n'a pas beaucoup de sens. Le carême est un ensemble de pratiques. Cela répond à notre incarnation, car nous ne sommes pas de purs esprits !"
...
- La pratique du jeûne est-elle un lieu de rencontre entre les religions ?

"Avec les bouddhistes, il n'est pas facile de se rejoindre sur les croyances. En revanche, les moyens, les étapes, les méthodes de la vie spirituelle sont très souvent les mêmes que les nôtres. Pour les bouddhistes tibétains, le jeûne est très important. Certains ascètes bouddhistes ne mangent pratiquement rien pour atteindre l'extase. De même les musulmans jeûnent sérieusement et courageusement pendant le Ramadan. Cela force le respect.
Il n'est pas étonnant de retrouver des pratiques similaires dans les différents religions, car la nature humaine est la même partout. Nous sommes corps et âme et il faut parfois que le corps se restreigne pour que l'âme grandisse.
Nous, occidentaux, avons un peu perdu cela. Mais chez les catholiques orientaux et les orthodoxes, le jeûne a une place très importante et ils nous interrogent souvent sur notre manière de jeûner."

Mgr Le Gall, à lire en entier ici sur croire.com

"... le jeûne, c’est ce moment où de façon délibérée on reprend le chemin des matins clairs, où le soleil est plus lumineux encore, tandis que l’air est vif et frais. C’est une invitation à rééclairer le quotidien de la foi, celui de la vie.
... Une invitation : relire le très beau chapitre 58 d’Isaïe. "

P. Jacques Nieuviarts, ici...

et donc Isaïe 58, dont voici un extrait :

Is 58:5- Est-ce là le jeûne qui me plaît, le jour où l'homme se mortifie ? Courber la tête comme un jonc, se faire une couche de sac et de cendre, est-ce là ce que tu appelles un jeûne, un jour agréable à Yahvé ?
Is 58:6- N'est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère : défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug; renvoyer libres les opprimés, et briser tous les jougs ?
Is 58:7- N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair ?
Is 58:8- Alors ta lumière éclatera comme l'aurore, ta blessure se guérira rapidement, ta justice marchera devant toi et la gloire de Yahvé te suivra.
Is 58:9- Alors tu crieras et Yahvé répondra, tu appelleras, il dira : Me voici! Si tu bannis de chez toi le joug, le geste menaçant et les paroles méchantes,
Is 58:10- si tu te prives pour l'affamé et si tu rassasies l'opprimé, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, et l'obscurité sera pour toi comme le milieu du jour.
Is 58:11- Yahvé sans cesse te conduira, il te rassasiera dans les lieux arides, il donnera la vigueur à tes os, et tu seras comme un jardin arrosé, comme une source jaillissante dont les eaux ne tarissent pas.
Is 58:12- On reconstruira, chez toi, les ruines antiques, tu relèveras les fondations des générations passées, on t'appellera Réparateur de brèches, Restaurateur des chemins, pour qu'on puisse habiter.

Témoignage d’une confrairesse du XXIe s

preche.jpgparler de la Sainte-baume, c’est écrire une histoire d’amour, celle qui nous fait prendre mille chemines, mille impasses,...

Arrivé aux Trois-Chênes, le chemin s’ouvre clair et joyeux, bordé de splendides et solides chênes, ifs, hêtres, aux pieds desquels surgissent humblement les si jolies fleurs des sous-bois.

Tout est simple, tout est léger, tout est beau; et puis, c’est le premier oratoire, la première rencontre, celle qui transforme. le sentier monte insensiblement, le pas s’alourdit, la montée s’accentue, les oratoires se succèdent et nous rappellent le but : retrouver nos frères et soeurs dans ce lieu sacré où la présence de Marie-Madeleine est si prégnante.

le monastère se profile, la falaise vivante de ses sculptures s’impose; sur ce chemin des rois que parcourent saint Louis, François Ier, Louis XIII,... et nos chers frères Dominicains (Lacordaire, Lagrange, Vayssière,...). Nous voici pèlerins aujourd’hui, dans une même quête, un même désir de partage et de bonheur communiés; tel est bien le miracle : dans l’austérité de ce lieu épuré, la grotte gardienne de notre confrérie - vivante par chacun de nous - nous accueille, nous saisit, nous laisse apaisés par la certitude d’être enfin arrivé.

Img_012corrigee.jpg ici

La déclaration d'amour de Mgr Jean-Pierre Ravotti à Marie Madeleine

"(...)

1. Une femme

J’aime Marie-Madeleine - faudrait-il le taire ? - d’abord et surtout parce qu’elle est une femme. C’est bien ainsi que nous la présente saint Luc dans son Évangile de la pécheresse pardonnée : « Et voici qu’une femme... » (Lc 7, 37). N’allez pas croire à une figure figée, embaumée, mièvre, comme certains imaginent les saints... Pensez plutôt à ces belles femmes au passage desquelles on se retourne pour les contempler plus longuement. Une femme en chair et en os, quoi ! L’iconographie plus récente privilégie d’ailleurs cette image. Il n’y a pas que des Madeleine exsangues et décharnées, dont l’abondante chevelure est le seul vêtement. Dans tout l’Évangile, Marie-Madeleine apparaît bien comme une femme avec une sensibilité, des réactions, des gestes de femme. Vous voyez un homme parfumant les pieds ou la tête de Jésus !

Marie a bien un cœur de chair, qui vibre, qui s’émeut, qui se passionne, qui gémit aussi, qui cherche, qui s’accroche, avec cette ténacité et cette fidélité, ce courage, dont les femmes seules sont capables. Comme le fait la liturgie, aussi bien l’ancienne liturgie de sainte Marie-Madeleine que la nouvelle, on peut bien lui prêter les confidences de l’Épouse du Cantique des Cantiques : « J’ai cherché celui que mon cœur aime [...], je l’ai saisi, je ne le lâcherai pas » (Ct 3, 1.4). Remarquez combien ce texte se rapproche de la page de saint Jean racontant la rencontre de Marie de Magdala avec le Ressuscité au matin de Pâques. Toujours ces mêmes attitudes de femme empressée, désireuse de retrouver et de retenir l’objet de son amour : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? [...] Cesse de me tenir (ou : Ne me retiens pas ainsi)... » (Jn 20, 15.17).

Mes amis, la vie chrétienne est sans cesse un appel au dépassement, à la conversion, à la vie nouvelle. Mais Dieu ne saurait nous demander de renoncer à notre humanité, lui qui nous a créés « à son image et à sa ressemblance » (cf. Gn 1, 27), Lui qui en Jésus-Christ a pris chair, notre chair, de la Vierge Marie. La foi n’exige nullement le reniement de notre humanité, mais bien plutôt sa transfiguration. Nous sommes appelés à la vivre, à l’incarner, à lui donner chair, dans nos cœurs et dans nos corps, sur cette « terre douloureuse, dramatique et magnifique », comme le disait Paul VI dans son testament.

(...)

2. Une pécheresse

J’aime Marie-Madeleine - oserais-je le dire ? - parce qu’elle est pécheresse, se sait pécheresse et ne cache pas sa misère. La pire des illusions "consiste à l’oublier et à se croire justes, alors que nous avons tous infiniment besoin du pardon de Dieu. Laissez-moi vous dire à ce propos que l’abandon de la confession n’est sûrement pas un gain, mais bien plutôt une perte : perte du sens de Dieu, perte du sens du péché, perte de notre capacité de pardon, de notre capacité à accueillir et à offrir le pardon. Je suis souvent impressionné par la dureté et la raideur de notre monde. On ne veut plus de normes, surtout morales, tout est enfin permis... mais lorsqu’un pauvre homme tombe, lorsque le scandale éclate, on devient impitoyable. L’Église, qui expérimente elle aussi sa misère, fait tout le contraire. Elle nous rappelle, parfois dans le désert, que nous ne saurions vivre sans une loi morale et des principes éthiques, mais lorsque quelqu’un succombe, elle est toujours prête à lui offrir sa miséricorde, qui n’est autre que celle de Dieu.

(...)

3. Une femme d’audace

J’aime aussi Marie-Madeleine parce qu’elle n’est pas un personnage étriqué, guindé, ni une sainte nitouche, ni une vieille fille renfrognée, mais une femme d’audace, une chrétienne qui ose. Le P. Bruckberger l’a si bien dit : « Elle voit grand, elle aime grand, elle ne frappe qu’aux portes dont le marteau est à hauteur de cavalier. Par sa seule beauté, par son style, par la hardiesse et la justesse de ses gestes, elle est trop spectaculaire. Elle est provocante. Elle provoque l’admiration et du côté de l’ombre, la colère. »

Rien ne l’arrête, Madeleine. Elle ne recule devant rien, ni devant les « quand dira-t-on » des bien-pensants, ni devant l’incrédulité de tant de contemporains de Jésus, ni devant l’insécurité et la souffrance de la Passion, alors que tous se sont enfuis, ni devant l’obscurité du chemin qui mène au tombeau. Marie connaît des gestes fous et l’étonnante prodigalité de l’amour. Elle ose approcher le Maître, le toucher, lui saisir les pieds, les baigner de ses larmes et les essuyer de ses cheveux dénoués, les couvrir de baisers et les oindre d’un parfum au prix aussi démesuré que son geste.

(...)

Dans le cortège des saints, il y a plus de fous - ces « fols en Dieu » comme les appelle la tradition spirituelle de l’Orient chrétien - que de gens sagement alignés. C’est là un des aspects les plus déconcertants de la sainteté ! Pensez à François d’Assise distribuant aux pauvres toute la fortune paternelle et se présentant nu devant l’évêque d’Assise pour pouvoir désormais dire en toute vérité : « Notre Père... » À saint Dominique décidant de disperser ses premiers frères, alors que l’Ordre pouvait paraître encore si fragile. À Catherine de Sienne exhortant le Pape, avec quelle tendresse et quelle fougue !, à quitter Avignon et à regagner le Siège de Rome. À Don Bosco, que certains confrères de Turin auraient voulu faire enfermer. À Charles de Foucauld, vivant à Nazareth dans une cabane de jardinier. À Mère Térésa dans un mouroir de Calcutta... Notre monde repu et enlisé, notre Église qui tourne parfois en rond autour de ses problèmes internes et où l’on perd souvent son temps dans des discours inutiles, ont tant besoin de témoins de cette sainte folie de l’Évangile. Si sainte Marie-Madeleine pouvait nous donner l’audace de l’annonce, le courage des gestes toujours un peu fous de la miséricorde gratuite, inventive et prévenante !

(...)

4. Une sainte

J’aime Marie-Madeleine parce qu’elle est la compagne et la complice des saints. Il n’y a pas que la sordide solidarité du mal et dans le mal. Pensez à tous ces liens de misère qui enchaînent parfois des groupes et lient les hommes les uns aux autres ; les scandales finissent souvent par éclabousser bien des gens...

Il existe aussi une solidarité du bien et dans le bien. Marie-Madeleine est une femme qui fascine car le témoignage de sa vie résonne comme un puissant appel, comme une provocation à la sainteté. Je ne m’étonne pas qu’elle ait eu, de tout temps, tant d’amis, non seulement parmi les pécheurs, mais aussi parmi des gens en quête de Dieu et de sainteté.

(...)

5. Une femme enveloppée de mystère

J’aime enfin Marie-Madeleine - et c’est peut-être la seule vraie raison d’un amour qui au fond demeure inexplicable -, parce qu’elle reste enveloppée de mystère. Qui est-elle au juste, cette femme ? Est-elle bien venue chez nous ou ne sommes-nous pas plutôt allés à elle ? Personnage déconcertant et fascinant, Marie de Magdala n’en finit jamais de nous interroger et de plonger nos vies dans le mystère même de Jésus, le Fils de Dieu fait homme. Lui aussi on croit le connaître, et pourtant, comme elle, il reste sans cesse à découvrir.

La seule chose dont je suis sûr c’est, pour reprendre le mot du P. Étienne Vayssière, que Marie-Madeleine est bien ici. Elle est dans notre Fenestrado Basilico à la gloire dédiée. Elle est au cœur de l’histoire de Saint-Maximin et de la Sainte-Baume comme elle est au cœur de nos vies. Qu’elle y enracine la foi. Qu’elle y fasse fleurir un feu de son amour !

Je voudrais vous citer, pour (au moins) finir en beauté, les derniers mots du P. Lacordaire dans son admirable petit livre sur sainte Marie-Madeleine. Ce fut sa dernière œuvre, écrite en 1860, sur son lit de mort, et il est significatif qu’il l’ait dédié à Marie-Madeleine, cette femme que lui aussi aimait tant.

Le P. Lacordaire conclut : « Oh ! qui que vous soyez... si jamais vous avez connu les larmes du repentir, ou celles de l’amour, ne refusez pas à Marie-Madeleine qui a tant pleuré et tant aimé, une goutte de ce parfum dont elle embauma les pieds de votre Sauveur. »

J’espère, mes amis, vous avoir offert un peu de cette fragrance d’amour pour Marie-Madeleine dont mon cœur est comblé.

"Marie-Madeleine, les raisons d’un amour" : texte entier ici

Ma maison

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