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08.03.2009
À partir des "meurtriers de l'Homme" : Bataille par Oulahbib chez Stalker
"Et ainsi de suite : départ vers un autre «crime», etc., ce que Bataille nomme, sans (cent) rire(s), (plus le rire de Nietzsche à Turin) «communication». Toute une circularité spiroïdale qui n’a d’hégélienne que le non, tout en s’appuyant, bien entendu, je l’ai dit, sur le Hegel novalien et schillérien et non pas sur celui de la maturité, c’est-à-dire de la philosophie du Droit.
C’est donc là le processus vicariant habituel ou comment s’approprier des noms illustres et s’en servir de paravents, de coupe-feu, de béliers, de paliers, de prête-noms (non).
Avec Bataille, «l’expérience intérieure» vole donc assez bas malgré l’emphase extatique, cosmologique, et ne dépasse pas le microcosme du bas-ventre (comme l’on disait autrefois), en un matérialisme mécanique plat et fatigué. "
...
"Bataille, au contraire, en associant, arbitrairement, érotisme et mort déploie une haine a priori de la vie, et surtout de l’amour humain, qui ne peut en effet se déclencher s’il n’est pas tissé de cette mise en jeu, au sens littéral, de la capacité à être, réellement, et pleinement, là : amour.
Cette demande de félicité, de plénitude, ne peut décidément pas s’identifier à une mise à mort.
C’est-à-dire, dans le langage hégélien manipulé par Bataille, à la seule observation analytique en vue de l’instrumentalisation comme outil du jouir alors qu’il s’agit d’observer en autrui sa capacité à être pleinement du monde, l’érotisme déployé en étant l’interprétation choisie.
Autrement il se déploierait une impossibilité pour les deux partis du jeu d’être au même niveau, dans le même regard, sur le même pied d’égalité, ce qui stoppe la réversibilité de l’échange symbolique et restreint le rapport à sa dimension en effet strictement économique et politique dans laquelle la force du rapport se perçoit uniquement comme rapport de force.
Il ne s’agit pas non plus de confondre tout l’artifice, en effet, du jeu de la séduction, avec celui d’une mise à mort au sens «d’une perte d’identité et de fusion» comme l’écrit Baudrillard plus haut.
Sauf, bien entendu, s’il s’agit d’une perte simulée, réversible, qui met seulement en jeu la possibilité de l’unité.
Car autrement si l’on conçoit uniquement le désir de «fusion» comme «perte», on ne comprendrait pas ce type de jeu amoureux qui veut, tout au contraire, chercher dans le supplément de fusion un plus de liberté et veut transformer sa dite «perte» en surcroît de force permettant de donner encore plus de sens au rapport. Une telle fusion, en libérant un supplément de force peut en effet susciter, encourager, une action encore plus prégnante dans l’interaction politico sociale qui en retour viendra nourrir et affiner la fusion amoureuse puisque la plénitude atteinte socialement rejaillira encore plus sur le processus de fusion, s’il en est l’une des sources.
A contrario, identifier fusion et perte c’est déployer une incompréhension des rapports interhumains.
Cela reviendrait à déceler dans toute obéissance, tout accord, toute acceptation, toute reconnaissance, dans le moindre bruissement de vie humaine à la fois autonome et débordant de fusion, une «perte», posée de surcroît comme expression par excellence de la liberté du diable moderne, c’est-à-dire de l’économie politique qui restreint autrui à son propre intérêt.
Or c’est précisément en réduisant le jeu, érotique, et plus généralement charmeur, à une mise à mort qu’il devient quantité immanente de force utilisable pour son seul profit et non pas échange qui privilégierait le partage et l’exploration.
Ce qui implique que lorsque le jeu, par une telle insistance à sortir des limites de la réciprocité, sombre comme signe compulsif d’une surcompensation, objet miroir d’une simulation se prenant à son propre jeu, séparation et scission totale, définitive, d’une individualité réduite à son seul silence, alors là oui, cette simulation s’élève au rang du bouc émissaire et peut être celle d’une réelle mise à mort, d’une expiation.
Et, précisément, chez Bataille c’est seulement dans ce dernier aspect qu’il réifie en quelque sorte l’érotisme et s’en sert comme moyen en vue du détruire : objectif final."
...
"En résumé, la mise à mort bataillienne manipule tactiquement l’énergie de «l’extase», la vision de la vie dominant la mort, en la dirigeant non pas dans le somptueux mais dans l’agonie de L’expérience intérieure... Afin que mille Eurydice puissent voir le jour : la mort pour elles, la survie pour les Orphée, meurtriers du sens."
Les meurtriers du sens : Bataille, par Lucien-Samir Oulahbib (à partir de sa thèse Les meurtriers de l'Homme). Le texte dans toute sa très intéressante longueur : ici sur Stalker
Pour l'anecdote... 1) Bataille, "un saint" selon Philippe Sollers, l'est à peu près aussi selon son comparse de débat Fabrice Hadjadj, qui dans son livre prétendument chrétien sur la chair (vessie nihiliste que la presse, et un tas de plus ou moins intellos cathos, qui ne savent pas lire, ont pris pour une lanterne) se réfère sans cesse à lui et écrit sans rire "on ne louera jamais assez Bataille".
2) Dans mon livre Lumière dans le temps j'évoque "Bataille, ce scrutateur talentueux de sa sexualité morbide mais penseur médiocre, qui n’a jamais clairement compris qu’il était le malheureux produit du drame bourgeois en cours depuis un 19ème siècle qui perdure à travers les âges, comme dit Philippe Muray, et pour finir faux mystique, qui a toujours vécu et écrit dos à Dieu".
3) Et ce livre, Lumière dans le temps, a été confié il y a maintenant plus d'un mois, par Le Figaro, pour critique, à Hadjadj, dont je me suis amusée ici... Nous attendons toujours sa critique...
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