11.03.2009
"Depuis l'être"
Je viens de faire un lapsus d'écriture intéressant : écrivant, au lieu de "apôtre de la résurrection" : "apêtre de la résurrection".
22:50 Lien permanent | Envoyer cette note
Embrasser
Trois petites prières inédites. En fond sonore : nuit de prière des Chartreux, en bonus dans le DVD du film "Le grand silence". En fond d'images : photos de ma forêt. Paris, le 2 décembre 2008.
21:58 Lien permanent | Envoyer cette note
10.03.2009
Sauver les enfants
"Toutes les enquêtes montrent que la jeunesse française va mal, dit-il. Les jeunes Français sont les plus pessimistes de tous les Européens. Ils n'ont confiance ni dans les autres, ni dans la société. Ils apparaissent repliés sur leur classe d'âge et fatalistes. Pour une société, surtout en période de crise, c'est un handicap énorme."
à lire dans Le Monde (les réactions ici), où l'on trouvait aussi l'autre jour un article disant qu'un collégien et lycéen sur six prennent des cours particuliers. Si tous les parents avaient les moyens d'en payer, quel serait le pourcentage ? Je suis mère de deux collégiens, je vois la souffrance de beaucoup d'enfants dans l'école. Jusqu'à quand cette société fera-t-elle souffrir ses enfants et ses jeunes ? Jusqu'à quand, dans toutes les institutions, le "vieil homme" au pouvoir, comme on dit dans les évangiles, tourné vers sa propre conservation, imposera-t-il sa loi mortifère aux jeunes vivants ?
08:56 Lien permanent | Envoyer cette note
Quelle loi est la Loi qui nous fait habiter ?
μάχεσθαι χρὴ τὸν δῆμον ὑπὲρ τοῦ νόμου ὅκωσπερ τείχεος.
Le peuple doit combattre pour la Loi comme pour ses murailles.
Héraclite, cité par grapheus tis
08:24 Lien permanent | Envoyer cette note
Une seule vraie et réelle autorité
"Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n'avez qu'un seul enseignant, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus appeler maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître, le Christ."
Evangile selon saint Matthieu, chapitre 23,1-12, lecture de ce jour
08:13 Lien permanent | Envoyer cette note
09.03.2009
Vita di Cristo
14:12 Lien permanent | Envoyer cette note
Chemin de croix
Lourdes, Sanctuaires de Lourdes foulée chaque année par des milliers de pèlerinsLe chemin de croix des Espélugues est une véritable oeuvre d’art .1. Jésus est condamné à mort2. Jésus est chargé de sa croix3. Jésus tombe pour la première fois4. Jésus rencontre sa mère5. Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix6. Véronique essuie la face de Jésus7. Jésus tombe pour la deuxième fois8. Jésus parle aux femmes qui le suivent9. Jésus tombe pour la troisième fois10. Jésus est dépouillé de ses vêtements11. Jésus est attaché à la croix12. Jésus meurt sur la croix13. Jésus est descendu de la croix14. Jésus est mis au tombeau15. La résurrection-------Une e.méditation de croire.com
13:57 Lien permanent | Envoyer cette note
Est-ce ainsi que les femmes meurent ?
"Extrait de la conversation entre Guila et Nathan, lors du procès :
« L’essentiel est ailleurs : aujourd’hui, Kitty sait probablement pourquoi Moseley lui a fait ça. Pourquoi il n’a pas pu s’en empêcher. Et si la réponse à cette question est que Moseley est malade dans sa tête, alors il n’est pas impossible que Kitty lui ait pardonné depuis longtemps. Ici, Guila marqua un temps. (….) Mais l’attitude de ceux qui ont regardé Kitty mourir comme s’ils suivaient ça à la télévision et qui n’ont rien fait..."
à lire ici chez Lily et ses livres, sur le dernier roman de Didier Decoin, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?
J'ai bu du champagne l'autre jour en compagnie de Didier Decoin à la FNAC Saint-Lazare. Il a dit de moi, se souvenant (?) m'avoir vue il y a longtemps au Seuil : "Quand on l'a rencontrée une fois, on ne l'oublie pas". Simple formule de galanterie sans doute, mais qui m'a semblé correspondre très bien à l'histoire qu'il conte dans ce roman.
13:41 Lien permanent | Envoyer cette note
sur le site des Pères de l'Église
"Les vagues sont violentes, la houle est terrible, mais nous ne craignons pas d'être engloutis par la mer, car nous sommes debout sur le roc." (Jean Chrysostome, Homélies, Avant l'exil, 1)
ici, sur le site des Pères de l'Église
11:04 Lien permanent | Envoyer cette note
08.03.2009
Charles, dit Francis, 82 ans

(mon père)
22:30 Lien permanent | Envoyer cette note
Parole
Vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu'aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu'au point de division de l'âme et de l'esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur.
Aussi n'y a-t-il pas de créature qui reste invisible devant elle, mais tout est nu et découvert aux yeux de Celui à qui nous devons rendre compte.
Hébreux, 4, 12-13
20:35 Lien permanent | Envoyer cette note
Mon amour, tout le jour. Oh, que le jour est long, À être tout du long aimée !
Mon ciel, 
Mon rond,
Mon enfant,
Je suis lumière.
Mon tout-petit, mon cœur heureux,
Mon compagnon de l’au-delà.
Mon Père, mon ami,
Mon tout-miséricordieux.
Mon cœur, mon au-delà,
Mon cœur d’amour du ciel,
Mon ciel du cœur du ciel,
Mon ciel du ciel, mon Dieu glorieux.
Ma croix, mes os, mon blanc,
Ma joie.
Dans tes bras je m’endors.
Mon immense, mon adorable,
Entre tes bras je me réveille.
Mon amour, tout le jour.
Oh, que le jour est long,
À être tout du long aimée !
Mon petit, mon rond de lumière,
Mon tendre, mon bien-aimé,
Je suis heureuse.
Mon aimé, mon amant, ma prière,
Mes mots dans mon poème,
Mes doigts qui me modèlent,
Mon potier, mon jardinier,
Je suis ta graine.
Mon amant, mon désir, mes lèvres,
Ma caresse pour toi.
Mon ciel du cœur du ciel du cœur du ciel,
Mon tout-petit mon immense
Mon Toi.
19:35 Lien permanent | Envoyer cette note
À partir des "meurtriers de l'Homme" : Bataille par Oulahbib chez Stalker
"Et ainsi de suite : départ vers un autre «crime», etc., ce que Bataille nomme, sans (cent) rire(s), (plus le rire de Nietzsche à Turin) «communication». Toute une circularité spiroïdale qui n’a d’hégélienne que le non, tout en s’appuyant, bien entendu, je l’ai dit, sur le Hegel novalien et schillérien et non pas sur celui de la maturité, c’est-à-dire de la philosophie du Droit.
C’est donc là le processus vicariant habituel ou comment s’approprier des noms illustres et s’en servir de paravents, de coupe-feu, de béliers, de paliers, de prête-noms (non).
Avec Bataille, «l’expérience intérieure» vole donc assez bas malgré l’emphase extatique, cosmologique, et ne dépasse pas le microcosme du bas-ventre (comme l’on disait autrefois), en un matérialisme mécanique plat et fatigué. "
...
"Bataille, au contraire, en associant, arbitrairement, érotisme et mort déploie une haine a priori de la vie, et surtout de l’amour humain, qui ne peut en effet se déclencher s’il n’est pas tissé de cette mise en jeu, au sens littéral, de la capacité à être, réellement, et pleinement, là : amour.
Cette demande de félicité, de plénitude, ne peut décidément pas s’identifier à une mise à mort.
C’est-à-dire, dans le langage hégélien manipulé par Bataille, à la seule observation analytique en vue de l’instrumentalisation comme outil du jouir alors qu’il s’agit d’observer en autrui sa capacité à être pleinement du monde, l’érotisme déployé en étant l’interprétation choisie.
Autrement il se déploierait une impossibilité pour les deux partis du jeu d’être au même niveau, dans le même regard, sur le même pied d’égalité, ce qui stoppe la réversibilité de l’échange symbolique et restreint le rapport à sa dimension en effet strictement économique et politique dans laquelle la force du rapport se perçoit uniquement comme rapport de force.
Il ne s’agit pas non plus de confondre tout l’artifice, en effet, du jeu de la séduction, avec celui d’une mise à mort au sens «d’une perte d’identité et de fusion» comme l’écrit Baudrillard plus haut.
Sauf, bien entendu, s’il s’agit d’une perte simulée, réversible, qui met seulement en jeu la possibilité de l’unité.
Car autrement si l’on conçoit uniquement le désir de «fusion» comme «perte», on ne comprendrait pas ce type de jeu amoureux qui veut, tout au contraire, chercher dans le supplément de fusion un plus de liberté et veut transformer sa dite «perte» en surcroît de force permettant de donner encore plus de sens au rapport. Une telle fusion, en libérant un supplément de force peut en effet susciter, encourager, une action encore plus prégnante dans l’interaction politico sociale qui en retour viendra nourrir et affiner la fusion amoureuse puisque la plénitude atteinte socialement rejaillira encore plus sur le processus de fusion, s’il en est l’une des sources.
A contrario, identifier fusion et perte c’est déployer une incompréhension des rapports interhumains.
Cela reviendrait à déceler dans toute obéissance, tout accord, toute acceptation, toute reconnaissance, dans le moindre bruissement de vie humaine à la fois autonome et débordant de fusion, une «perte», posée de surcroît comme expression par excellence de la liberté du diable moderne, c’est-à-dire de l’économie politique qui restreint autrui à son propre intérêt.
Or c’est précisément en réduisant le jeu, érotique, et plus généralement charmeur, à une mise à mort qu’il devient quantité immanente de force utilisable pour son seul profit et non pas échange qui privilégierait le partage et l’exploration.
Ce qui implique que lorsque le jeu, par une telle insistance à sortir des limites de la réciprocité, sombre comme signe compulsif d’une surcompensation, objet miroir d’une simulation se prenant à son propre jeu, séparation et scission totale, définitive, d’une individualité réduite à son seul silence, alors là oui, cette simulation s’élève au rang du bouc émissaire et peut être celle d’une réelle mise à mort, d’une expiation.
Et, précisément, chez Bataille c’est seulement dans ce dernier aspect qu’il réifie en quelque sorte l’érotisme et s’en sert comme moyen en vue du détruire : objectif final."
...
"En résumé, la mise à mort bataillienne manipule tactiquement l’énergie de «l’extase», la vision de la vie dominant la mort, en la dirigeant non pas dans le somptueux mais dans l’agonie de L’expérience intérieure... Afin que mille Eurydice puissent voir le jour : la mort pour elles, la survie pour les Orphée, meurtriers du sens."
Les meurtriers du sens : Bataille, par Lucien-Samir Oulahbib (à partir de sa thèse Les meurtriers de l'Homme). Le texte dans toute sa très intéressante longueur : ici sur Stalker
Pour l'anecdote... 1) Bataille, "un saint" selon Philippe Sollers, l'est à peu près aussi selon son comparse de débat Fabrice Hadjadj, qui dans son livre prétendument chrétien sur la chair (vessie nihiliste que la presse, et un tas de plus ou moins intellos cathos, qui ne savent pas lire, ont pris pour une lanterne) se réfère sans cesse à lui et écrit sans rire "on ne louera jamais assez Bataille".
2) Dans mon livre Lumière dans le temps j'évoque "Bataille, ce scrutateur talentueux de sa sexualité morbide mais penseur médiocre, qui n’a jamais clairement compris qu’il était le malheureux produit du drame bourgeois en cours depuis un 19ème siècle qui perdure à travers les âges, comme dit Philippe Muray, et pour finir faux mystique, qui a toujours vécu et écrit dos à Dieu".
3) Et ce livre, Lumière dans le temps, a été confié il y a maintenant plus d'un mois, par Le Figaro, pour critique, à Hadjadj, dont je me suis amusée ici... Nous attendons toujours sa critique...
18:11 Lien permanent | Envoyer cette note
Prière dans le train
Mon Dieu, mon cœur
Tu l’as changé
En pain d’épices.
Je le sens dans mon corps,
Appétissant, nourrissant.
Tu me connais si bien, mon Dieu,
Moi la petite mère,
La petite fiancée,
Toujours prête à donner
Et se donner.
Alors tu m’as fait don
De ce petit cœur d’amour
Épicé, doux, tendre et consistant,
Qui jamais ne s’épuise
À l’heure du goûter qui vient
Pour tes enfants sur cette terre.
14:42 Lien permanent | Envoyer cette note
07.03.2009
Psaume du temps présent n°51
extrait du recueil "Psaumes du temps présent" (Presses de la Renaissance)
Psaumes du temps présent, ici
08:24 Lien permanent | Envoyer cette note
06.03.2009
Purification
"Dans son voyage ici-bas, notre vie ne peut pas échapper à l'épreuve de la tentation, car notre progrès se réalise par notre épreuve ; personne ne se connaît soi-même sans avoir été éprouvé, ne peut être couronné sans avoir vaincu, ne peut vaincre sans avoir combattu, et ne peut combattre s'il n'a pas rencontré l'ennemi et les tentations." (St Augustin : Homélie sur le Psaume 60).
ici, "A la découverte des Pères de l'Eglise"
22:20 Lien permanent | Envoyer cette note
Jeûne de carême
Quelqu'un hier soir m'a demandé en quoi consistait mon jeûne de carême et en quoi il me faisait "avancer". Je vous donne copie de ma réponse, qui pourrait être beaucoup développée mais qui donne déjà quelques indications, et peut-être peut intéresser ceux qui se poseraient la même question.
Très concrètement : je jeûne en nourriture et en sommeil. Je me lève tôt, vers six heures, quand tout est silencieux pour encore au moins une heure. Je fais un repas normal (mais pas trop lourd !) à midi, et le matin seulement trois biscottes ou un petit morceau de pain (café léger sans sucre à volonté), le soir seulement soupe et fruit, rien entre-temps (thé sans sucre à volonté). Je ne regarde pas la télévision (mais je ne la regarde jamais non plus en temps normal) et je tâche de passer moins de temps sur Internet (en travaillant sur l'ordi c'est bien difficile, j'y passe quand même du temps - la preuve en ce moment même...). Tout cela me dégage donc beaucoup de temps vide, et je sens aussi ce vide dans mon corps grâce à la légère faim permanente. En le faisant en ce temps de carême, on sent aussi le bienfait de la discipline choisie et consentie, et la communion avec tous les autres chrétiens, voire tous les autres humains - qu'après tout on entend mieux dans le silence.
C'est vraiment très bon, je pratiquais ce genre d'ascèse déjà avant souvent, naturellement, quand j'en ressentais le besoin, spécialement dans ma maison en montagne, avec l'isolement en plus. C'est d'ailleurs ainsi que j'ai "vu" Dieu, alors qu'avant je tournais autour sans arriver à le reconnaître complètement. Il s'agit de se désencombrer pour pouvoir l'accueillir. "Cela" ne vient pas immédiatement, au début on peut même être assez perturbé et être tenté de trouver que ça ne sert à rien ou même que l'on perd ses forces et que c'est contre-productif. Il faut de la patience et du temps (Dieu ne compte pas le temps comme nous), et oui, Dieu se rapproche et se fait plus présent, il vient de lui-même si nous nous sommes ainsi rendus disponibles. À partir de là, pour vous répondre, tout avance tout seul, le chemin se présente il n'y a qu'à le suivre (parfois ça grimpe, il faut de bonnes jambes, un bon coeur, de l'endurance), par exemple là nous y sommes.
07:45 Lien permanent | Envoyer cette note
05.03.2009
Prier dans le désert
... et avec la Bible, en beauté : LÀ
22:16 Lien permanent | Envoyer cette note
Rives, lumière, paix
Janvier 2008 à Assouan, où j'ai écrit parmi les derniers de mes Psaumes du temps présent. Je revenais de loin : derrière moi, de l'autre côté du Nil, la rive des morts. Sur moi, une petite croix bleue et une icône de saint Jean l'évangéliste, souvenir de Patmos, l'été précédent.
Maintenant j'ai dépassé la fin.
14:25 Lien permanent | Envoyer cette note
04.03.2009
Tout doucement
23:03 Lien permanent | Envoyer cette note
Ce qui vous regarde, de votre vivant et dans votre tombe
Si vous ne vous souciez pas de votre âme, soyez sûr que vous devriez vous inquiéter grandement du destin de vos enfants ou de vos petits-enfants. Non parce que Dieu voudra les punir pour vous, mais parce que vous aurez vous-même introduit le malheur dans leur vie, par votre âme délibérément livrée au mal.
Cela vaut pour chacun d’entre nous, et c’est ainsi que le mal perdure à travers les générations ; et cela vaut pour chacun selon la mesure de sa faute, de sa culpabilité.
Cela vaut bien sûr aussi pour l’ensemble d’une société.
Une historienne, Elisabeth Dufourq, auteur de l’ Histoire des chrétiennes, ayant pendant dix ans exploré deux mille ans de tribulations humaines, le constate : « Fait notable : les crimes sont un jour ou l’autre châtiés par le Ciel », écrit-elle, citant par exemple le cas d’un roi assassin, « puni dans la personne de sa fille », dont le mariage donnera lieu à un vaste « carnage », perpétué en plusieurs étapes et plusieurs lieux.
C’est ainsi que beaucoup d’innocents périssent ou souffrent pour beaucoup d’assassins – de même que sont mis à mort ceux qui osent dire la vérité. Mais nous avons tous à mourir un jour, et mieux vaut entrer dans la mort avec une âme de bienheureux, une âme que la vie aura déjà illuminée d’amour et de paix, même si l’on s’imagine qu’ensuite tout est fini – est-il un seul homme sur terre qui puisse en être sûr ?
08:14 Lien permanent | Envoyer cette note
03.03.2009
Priez, mes prières !
Comment ai-je pu vivre si longtemps
Sans toi, Seigneur ? Oh, je sens
Une boule de feu dans ma poitrine !
Je t’aime tant ! Tu es ma vie,
Tu prends toute ma vie.
Je te portais, tu grandissais en moi,
Mon ventre aveugle n’en savait rien,
Ou si peu. Si peu que c’était presque tout,
Ce très peu qui voulait se savoir,
Se révéler, se donner à ma connaissance,
À mon amour. Quel grand mystère,
Celui de ta présence en l’homme.
De ton développement, de ta manifestation,
De ton avènement au centre de la chair,
De l’âme, du pur esprit de l’homme.
Par toi ma chair est transformée
En vivant vitrail de ta passion,
De ta résurrection. Se peut-il que tu nous aies donné
Ton corps à manger, ton sang à boire
Jour après jour jusqu’au jour
Où nous savons, où nous saurons
Que nous sommes nous-même ce corps que nous mangeons,
Ce sang que nous buvons, les tiens ?
Que tu n’en finisses pas de descendre du ciel en nous
Pour nous y assumer ? Oui, je le sais,
Et mon amour de toi n’en finit pas,
Et mon chant vers toi jamais n’en finira
De monter. Mon très-aimé, mon tout-aimé,
Mon Dieu, toi que j’aime aussi
En l’ami qui s’est laissé par toi habiter,
Habiller de lumière, en celui
Que tu m’envoies et vers qui tu m’envoies,
Et en tous nos enfants, nos frères.
Oh, que ta flamme leur soit révélée,
Consume leurs péchés, ouvre en leur sein
Les milliers d’yeux que tu y fis !
Je te rends grâce et je m’abreuve
De silence, toute union et désir,
Toute joie bue et partagée,
Sans fin renouvelée, avec toi
Et tout homme qui t’aime.
10:04 Lien permanent | Envoyer cette note
02.03.2009
Coeur
Il n’y a aucune croix au mur, chez moi. Mais je vois la croix partout, aux fenêtres. La croix est une fenêtre, pour moi. Qui ouvre, et s’ouvre, et donne à voir, à passer d’un monde à l’autre.
De J-Y, quand nos chemins se sont séparés, alors que nous avions vingt-cinq ans, j’ai gardé sa petite Bible, mais aussi un objet que je chérissais beaucoup : un tout petit écrin en bois couvert de cuir vert foncé, qui s’ouvrait à deux battants, sur un crucifix doré qu’il enchâssait. Combien de fois dans ma jeunesse l’ai-je contemplé, tenu tout près de moi. Il est là-haut, dans ma montagne.
C’était mon cœur, et le cœur du monde.
20:45 Lien permanent | Envoyer cette note
Révolution spirituelle
Comme au temps de Jésus, les maîtres du monde, romains, grands prêtres, scribes, pharisiens d’aujourd’hui, détenteurs des pouvoirs symboliques, politiques et médiatiques, se refusent de toutes leurs forces à la Vérité, terrifiés par le changement délibéré ou la sanction qu’il leur en coûterait. Qu’il leur en coûtera, irrépressiblement.
L’humanité forme un seul corps, et c’est en chacun de nous qu’une partie des hommes pille, assassine, ment et jouit de ses crimes, tandis qu’une autre crie famine, souffre, tombe dans cette nuit des suppliciés d’où elle nous appelle à faire advenir la lumière.
C’est le temps du combat de chacun pour être un juste, le temps du combat de chaque juste, selon ses dons et ses moyens, pour la vie de tous, le temps où chaque lumière compte.
J’agis pour l’amour. Ce qui agit à travers moi est absolu, clair et juste.
C’est la révolution spirituelle qu’il faut faire. La révolution sociale suivra d’elle-même. Beaucoup la font, même si on ne les voit pas. Sphère par sphère, hors-champ, continuer.
Ce qui viendra n’est pas un nouveau projet commun, ni un nouveau poème commun, c’est un poète commun, Le poète, revenu. Jésus est celui qui écrivit sur le sol, devant la femme adultère, en deux fois comme sur deux rives, quelque chose que nous ignorons. Il revient, reviendra le révéler, mais sans se faire reconnaître, d’abord.
Déjà les envoyés font cortège et le précèdent, désordonnés encore et les yeux embués.
L’animal s’étire, le sentez-vous ? Ce n’est pas en un seul, ce n’est pas en quelques-uns, c’est en chacun que le poète veut s’étirer.
J’étais la femme adultère, j’ai vu ce qu’il écrivait. Je ne savais pas encore lire, mais les formes de ses lettres me reviennent.
in Lumière dans le temps
11:29 Lien permanent | Envoyer cette note
28.02.2009
Oracle de YHWH
Dieu me dit : regarde donc ces imbéciles,
Qui persistent à me réclamer le déluge,
Qui veulent à tout prix que je les noie,
Qui par dépit de voir leurs sacrifices ne trouver nulle grâce
À mes yeux, gesticulent devant ma face
Qu’ils ne voient pas, nains en esprit,
Attardés en leur analité, qui ne veulent rien lâcher,
S’acharnent à quêter, à tenter de monopoliser
Mon attention sur eux, envieux de provoquer mon regard.
Dis-leur, ma belle, me dit Dieu, toi que j’ai laissée
Marcher librement vers moi, longtemps,
Toi mon peuple que j’ai depuis le début aimée,
Toi à qui j’ai donné des fils, des amants, des frères,
Des sœurs lumineuses, courageuses et rieuses,
Tant de bien-aimés, de bien-aimants,
Toi que je suis venu sauver des groins des anges déchus, des mal-aimants,
Toi à qui j’ai donné maintenant l’amour le plus parfait,
Toi à qui j’ai présenté un homme pour vivre avec toi cet amour,
Toi mon Humanité,
Toi qui as tant connu la faim, la soif, et que j’ai rassasiée,
Maintenant et pour les siècles des siècles,
Je te le demande, quoiqu’il t’en coûte : prêche aussi aux nuisances,
Aux esclaves du monde qui trouvent existence en imitant l’époque,
Aux mauvais perdants qui par leur seule faute ont perdu,
Aux stupides moutons qui bêlent à tout vent et restent
Impuissants à aimer, à créer, à rien faire
D’autre qu’aveugler, piller, empoisonner la Vie.
Dis-leur que j’entends malgré tout leur détresse, leur maladie,
Que mon amour les guérira s’ils en forment le voeu,
S’ils osent pour cela me regarder en face.
Dis-leur qu’ils ont pour être sauvés à lâcher prise,
Oublier leur ego grimpé sur ses ergots et son tas de purin,
Leur dérisoire volonté de puissance, que rien n’assouvira
Car je suis le seul Tout-Puissant
Et simplement se mettre en marche, vers moi, la Source,
Qui rends pure, belle et lumineuse toute vie qui se donne vraiment.
18:35 Lien permanent | Envoyer cette note
Cela qui vient
"... L’œuvre de création part de Dieu. Elle englobe tout. En fait le Créateur est déjà désigné dès le début de cette acclamation.
« Digne es-tu, le Seigneur et notre Dieu,
de prendre
la gloire et l’honneur et la puissance. »
Dans la première vague de l’acclamation, le sujet qui acclame l’emporte sur l’objet de son acclamation, tout entière centrée pourtant sur cet objet : le Seigneur. Dans la deuxième vague, l’objet de l’acclamation est premier. C’est logique puisqu’il s’agit du Créateur. Mais il faut le sujet créé pour l’exprimer. « Gloire, honneur et action-de-grâces (eucharistia !) » du début deviennent, à la fin : « La gloire, l’honneur et la puissance ». La puissance en question est tout sauf dominante ou écrasante. Elle se communique par pure oblation de soi, par amour.
Pour annoncer ce qui doit arriver bientôt, c’est-à-dire la venue du Christ dans l’histoire du monde et de l’Église, la fin, il est impératif de dévoiler le secret de la création. Elle est en réalité la manifestation de la gloire et de la puissance de Dieu, attendue dans l’espérance pour la fin. C’est une puissance sans ambiguïté puisqu’elle est célébrée par des créatures conscientes de leur vulnérabilité et de leur fragilité, mais plus encore de la manière dont cette gloire et cette puissance se dévoilent en « Celui qui nous a déliés de nos péchés dans son sang » (1, 5b) : « Le vivant, et je devins mort et voici, vivant, je (le) suis » (1,18), l’Agneau qui va être présenté comme égorgé en 5,6.9.12. La circularité de l’acclamation liturgique, ne fait qu’épouser la triple titulature remaniée du tétragramme : « Celui qui était et Celui qui est et Celui qui vient » (1,4.8 ; 4,8).
La liturgie s’en trouve définie comme cette synergie en acte de l’œuvre créatrice de Dieu et de son assomption créatrice par l’homme en société, ou en communauté cultuelle. Ce culte marque l’ouverture de la société humains à plus grand qu’elle. Il n’est en rien aliénant. Cette symbiose de l’homme et de Dieu respecte la spécificité de l’un comme de l’autre, sans opposition dualiste, mais dans la reconnaissance d’une réelle dualité. La dualité n’empêche pas la plus étroite communion, elle la rend possible. Nier cette dualité priverait de cette union sans confusion.
Yves Simoëns, sj
extrait d'une formation en plusieurs étapes proposée par le site croire.com, conçue par l'auteur à partir de son livre, à découvrir ici, sur le site des Jésuites.
11:54 Lien permanent | Envoyer cette note
27.02.2009
Au désert
Deux heures et demie du matin à Alger, je ne peux pas dormir à cause du robinet qui fuit dans la salle de bains. Jack Kerouac est avec moi dans le lit, son visage tellement humain sur la couverture d'Anges de la Désolation. Son écriture libre, vivante, inventive. Comme lui. Je suis libre aussi et je couche avec toi, Jack.
J'ai oublié le nom de cet hôtel où on nous a emmenés à Tamanrasset, mais je me souviens de ce qu'a dit un prêtre hier matin, à propos d'éventuelles adaptations cinématographiques de la vie de Charles de Foucault : « J'ai du mal avec la fiction ». Tout le problème de notre vie est là : fiction ou pas fiction ? On n'arrête pas de se raconter des histoires, en se demandant désespérément laquelle est la bonne. Ou bien on décide de croire dur comme fer à la première histoire venue, et alors tout va encore plus mal.
Hier soir à Tamanrasset le ciel était rose de sable, et le vent soufflait à déraciner les arbres dans les rues. De rares grosses gouttes d'eau se mêlaient à la tempête de sable, si rares qu'elles n'adoucissaient en rien la chaleur ni la sécheresse de l'air. « D'habitude le ciel est toujours bleu », semblaient s'excuser les gens du pays, avec leur habituelle gentillesse. Les Touaregs sont très beaux, voilés jusqu'aux yeux comme des femmes - leurs yeux sombres et pétillants. Ils sont beaux et ils ont le sens de la beauté, on le voit à leur façon de se tenir et de se vêtir. La beauté des hommes ne suffit-elle pas à vous donner envie de rester dans un pays ? Dans les rues de la ville du désert, rose et sèche et désolée comme le sable, des jeunes désœuvrés regardent passer le temps comme d'autres, ailleurs, le font en bas de leur cité.
Ici aussi, en plein désert, comme dans toute l'Algérie, comme chez nous, le chômage frappe. Il est vrai qu'avant "les événements", on comptait pas moins de 150 agences de tourisme dans cette ville de garnison qui fut toujours une porte mythique du Hoggar. Guides, 4x4... Qui aspirait à vivre ses rêves de Petit Prince trouvait à « Tam » toute la logistique nécessaire. Mais il n'est rien - pas même les rêves - que l'homme ne sache détruire. Et les guerres, alors, sont plus fortes que la paix du désert. Les 150 agences ont fermé. Les adolescents, essentiellement des garçons, qui marchent par petits groupes dans la poussière des rues, ont l'air farouche. Il paraît qu'il ne sont pas commodes. Pourtant une lumière lancinante s'échappe d'une épicerie, et c'est toute la magie poignante et exaltante du Maghreb qui soudain vous enlève, et encore une fois, vous donne envie de rester.
La veille, on a dormi à la belle étoile, dans le Hoggar. Tagrera, vaste lit de sable encorbeillé d'orgues montagneuses.
Aller-retour 600 kilomètres de piste, à toute allure dans les 4x4 pilotés par ces Touaregs à mon avis bien plus fortiches en conduite que n'importe quelle star du Paris-Dakar. C'est en arrivant au but, pendant que les autres entreprenaient l'ascension de la dune pour admirer le coucher de soleil sur l'étendue tuante du désert, que Youcef m'a raconté une histoire. En marchant lentement vers le cœur du site, lentement, l'âme lourde, comme en voie de pénétrer un corps pour la première fois, notre corps-même, le corps intime du monde, notre chair, exsangue et crue, guérie jusqu'à l'os de tous ses mensonges.
C'est l'histoire d'un petit garçon perdu. Sa mère l'avait laissé jouer devant la porte, et puis il avait disparu. Ne le retrouvant pas, elle avait fini par donner naissance à un autre garçon, qu'elle avait appelé du nom de son premier fils. Pendant ce temps-là, l'enfant perdu avait été adopté par une autre famille. Devenu adulte, il consulta une spécialiste des esprits, ou si vous préférez une spécialiste de la mémoire, qui le mit en condition de remonter dans le temps, interroger à distance sa mère biologique, et apprendre d'elle son nom et son adresse. Ainsi l'enfant perdu put-il retrouver sa mère originelle.
« Et ce fut très dur pour la mère adoptive », ajouta Youcef, qui avait assisté à la longue et douloureuse séance de spiritisme, et en était resté tellement bouleversé que plus tard, il me parla deux autres fois encore de cette histoire.
Le soir tomba. Assis en grand cercle dans le vaste berceau de sable encadré de la découpe sombre et fantomatique de hauts rideaux rocheux, on a dîné, tous ensemble : les officiels, nos hôtes du ministère du Tourisme algérien, des ambassadeurs africains, et divers journalistes ou apparentés, pour la plupart algériens, ainsi que quelques « communicants » français. Salade, méchoui et semoule. Tandis que femmes et hommes du désert commençaient à jouer de la musique, chanter et danser, je m'endormis à même le sable frais, toute habillée. Un peu plus tard, la fête finie, je fus réveillée par les voix des jeunes Algériens qui discutaient derrière moi. Leur conversation roula d'abord sur la bataille que se livraient Pepsi et Coca sur le marché national. Puis :
- Amina et moi, dit l'un, quand on vivait à Paris, on allait manger au Flunch tous les soirs. C'était pratique, elle avait pas besoin de faire la cuisine...
- Moi, dit un autre, les premiers temps où j'étais là-bas, pendant un mois, je n'ai mangé que des raviolis. Il y avait une pub à la télé, et là-bas quand ils font une campagne de pub ils la passent tous les soirs. Alors moi je pouvais pas résister. Après ça a été la pub pour le cassoulet, et je n'ai plus mangé que du cassoulet...
- Etre en France et ne manger que des conserves, fit remarquer une fille, c'est dommage. Ils ont quand même des bonnes choses là-bas. La salade toute prête, par exemple. Ou les surgelés. Les frites surgelées... C'est ça qui nous manque, en Algérie...
Au plus profond de la nuit, quand tout le monde fut endormi dans le sable, je regrettai de ne pouvoir m'isoler tout à fait pour laisser couler et sursauter de moi de bonnes larmes sensuelles, de bons sanglots mystiques, de bons orgasmes métaphysiques dans le silence des étoiles. Les rêves des hommes et des femmes étendus près de moi dans l'ombre, encombrés de la marche cruelle du monde , montaient du sable et endeuillaient même le ciel. Comment oublier ma première nuit à Alger ? Les fantômes terrifiants qui s'obstinaient à pénétrer dans mon sommeil par la porte entrouverte du balcon ?
Au matin de cette première nuit, Youcef avait dit : « Je vais vous emmener promener dans la ville ». Toute belle et blanche sous le ciel bleu, Alger dégringolait tranquillement des collines vers la mer. On a fait le tour de la ville en voiture, admirant son architecture coloniale et délabrée, constatant qu'en cette fin avril 1998 la population vaquait paisiblement à ses affaires, encadrée par une très forte mais relativement discrète présence policière. On n'irait pas se promener à pied, cependant. Youcef dirait que c'était simplement par manque de temps, parce qu'il nous fallait aller prendre l'avion pour Tamanrasset. Les gens du ministère diront qu'il ne serait pas prudent pour des touristes de sortir sans escorte, même si la population est amicale, voire désireuse de s'ouvrir aux étrangers. « S'ils ne vous laissaient pas sortir seuls », dira, à Paris, le chauffeur de taxi algérien, « ce n'était pas seulement pour votre sécurité, mais surtout pour vous empêcher de parler librement avec les gens, et d'entendre leur mécontentement... » A chacun son histoire...
Le regard tour à tour noir et doux de Malika, Française d'origine kabyle qui fait partie du voyage... Ses mots : « Je suis née en France, mais jusqu'à une date récente j'ai refusé la nationalité française, pour faire plaisir à mes parents. C'était une question de fierté, pour eux... » Et aussi : « J'ai passé Noël dernier dans ma famille, en petite Kabylie. J'avais mon P38, tout le monde portait une arme sur soi en permanence. » Et encore : « Tu as remarqué comme les gens ne se laissent pas abattre ? C'est comme ça, ici. C'est pour ça que j'aime ce pays. »
L'embarras démesuré de Youcef, chaque fois que l'organisation laisse à désirer. Comme s'il était personnellement responsable de la marche et du fonctionnement de son pays. Sa volonté flagrante de minimiser les problèmes politiques, de croire à l'imminence de lendemains meilleurs.
Le témoignage de Jonathan, aventurier-banquier anglais : « Quand je suis arrivé ici, en 94, Alger était pleine de barricades, les gens restaient terrés chez eux. » Son cynisme d'homme d'agent : « Il y a beaucoup de chômage, c'est vrai, mais c'est un sacrifice nécessaire. Le gouvernement fait ce qu'il faut pour assainir la situation financière du pays. »
« Les journaux étrangers racontent toujours les mêmes histoires sur nous », se plaignent les Algériens qui nous encadrent. « Des histoires de massacres et de terrorisme... » Eux, ils croient à une autre histoire. Celle de la résurrection très prochaine de leur pays, leur pays si beau, si grand, si jeune, plein de richesses et de vitalité, qui veut s'en sortir, et s'en sortira.
Moi, je ne crois jamais tout à fait à aucune histoire, pas même aux miennes. Je ne crois qu'au sens caché des rêves qu'on fait la nuit, et à celui de ces histoires étranges qu'on raconte malgré soi à d'étranges moments... Par exemple ces histoires de filiation complexe qui se présentent à l'esprit en arrivant dans le désert... Là où l'homme a des chances de se voir lavé de toutes ses inutiles fictions.
texte écrit en 1998, publié dans Le Passant Ordinaire (avec quelques erreurs ici corrigées)
10:18 Lien permanent | Envoyer cette note
26.02.2009
Carême !
Je viens de faire un lapsus de lecture. Où était écrit "liturgie du carême", j'ai lu "liberté du carême".
...
Le chat ouvrit les yeux,
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta.
Voilà pourquoi, le soir
Quand le chat se réveille,
J'aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil.
Maurice CARÊME
19:52 Lien permanent | Envoyer cette note
Se dépayser
"La cueillette est toujours un bon prétexte pour s’enfoncer des heures durant dans la forêt. Même quand il s’agit d’une territoire que l’on connaît, il y a toujours un moment où l’on est dépaysé, surtout si l’on y va seul. C’est peut-être ça que je cherche avant tout, le dépaysement. Attention, quand on y prend goût, on ne peut plus s’en passer !
Chaque cèpe trouvé, je l’ai dit, est en soi un dépaysement, puisqu’il semble à la fois mystérieusement très vivant et surgi de nulle part, et vous renvoie comme en miroir la même sensation, le même sentiment de vous-même. Mais la forêt vous dépayse encore de mille autres manières. L’oxygène qu’on y respire, couplée au silence et au léger effort de la marche, procure vite une sensation d’ivresse. Bientôt les mousses, les feuilles mortes, les rochers, les cris des oiseaux, les lichens qui pendent des arbres, la lumière qui filtre d’entre les faîtes, les branchages qui cassent sous vos pas, les troncs couchés qu’il vous faut enjamber, l’odeur entêtante de l’humus, tout vous paraît surréel.
C’est comme si une porte s’était ouverte pour vous faire entrer dans un autre monde. Il y a aussi, bien sûr, la variété, les formes et les couleurs fantastiques de tous les champignons que vous croisez sans les cueillir. Il y a l’amanite rouge à pois blancs, il y en a des tout noirs, des tout jaunes, des tout blancs, il y en a des petits orange ou bruns qui poussent par colonies, il y a ces langues qui semblent sortir des troncs et notamment des souches où elles grandissent en durcissant, par cercles concentriques, parfois presque jusqu’à faire le tour…
Tout ceci, vous le sentez, est plein d’une vie secrète, mi-merveilleuse, mi-terrifiante. Et puis, si vous partez suffisamment longtemps, il vient toujours un moment où vous êtes un peu perdu. Soudain vous ne savez plus où vous êtes. Au fur et à mesure de votre progression dans la forêt vous vous êtes laissé gagner par une légère et joyeuse panique, et voici qu’elle se retourne en sourde inquiétude. Vous ne savez pas où vous êtes, et c’est presque : vous ne savez pas qui vous êtes.
Voilà ce que j’appelle le dépaysement : vous n’êtes plus pour vous-même votre pays de connaissance. Vous n’êtes plus cet être qui mène ses pas, mais un être que ses pas ont mené où il ne se reconnaît plus. Tout se tait si fort que vos oreilles en bourdonnent. Qui est là ? Par où est ma maison ? Un pic martèle un tronc, mais il ne vous répond pas, ni lui, ni rien d’autre. Tout à l’heure vous marchiez en contemplant tous ces éléments charmants de la forêt, maintenant ce sont eux qui semblent vous contempler, immobiles, muets. Chacun son sort, semblent-ils penser. Vous voient-ils en intrus ? Ou simplement comme une pierre qui roule çà et là ? (Un jour, si vous vivez, viendra le moment de votre vie où vous serez devenu vous-même la forêt, et son regard immémorial sur l’être humain)."
(extrait d'un livre sur la cueillette écrit au carmel d'Avranches, à paraître l'année prochaine)
08:49 Lien permanent | Envoyer cette note
25.02.2009
Guide
19:48 Lien permanent | Envoyer cette note

