11.02.2009
le dessin lui-même, lavé par la pluie et le soleil
« Il pourrait y avoir quelque chose d’indécent à afficher sans pudeur l’émotion intime d’une femme dans la rue d’une grande ville comme Naples. Devant tout le monde, Marie Madeleine s’absente hors du temps et du lieu, dans l’extase qui dépasse tout ce qu’on peut en dire, et dont le commun des mortels n’a certainement pas la moindre idée. Cette aristocrate de la spiritualité – rares sont ceux qui peuvent vivre un tête-à-tête avec Dieu -, n’a rien d’incongru dans le dédale des vieilles rues napolitaines (…)
Son corps si grand – grandeur nature – possède une évidence qui donne de la côtoyer avec autant de naturel qu’une présence familière et aimée, rassurante dans son étrange beauté. (…)
Elle s’étale et s’abandonne là, parmi la misère des enfants des rues, à peine visible derrière le capot des voitures. Elle est pourtant bien présente parmi les passants, passante elle-même, toujours en route, dans ses ravissements, vers quelque ailleurs où elle nous conduit si nous n’y prenons garde. Jusqu’à ce que le dessin lui-même, lavé par la pluie et le soleil, ait disparu, fondu dans le mur, seulement relayé par la photographie qui en garde une mémoire furtive. »
Isabelle Renaud-Chamska, à propos d’une Marie Madeleine d’Ernest Pignon-Ernest, in Marie Madeleine en tous ses états, Cerf, 2009
16:13 Lien permanent | Envoyer cette note
09.02.2009
La révolution du Poverello
"... l'approche du lépreux, la familiarité des loups, celle des brigands ou des prostituées, bien qu'elles aient permis de déceler chez ces derniers les indices d'une éventuelle socialité chrétienne, laissent irrésolu le problème global de la signification de leur présence dans le monde. François instaure, et peut-être inaugure dans l'Occident prémoderne, la possibilité de douter - également d'un point de vue économique - du rôle et du sens officiel des présences qui peuplent l'univers. Il s'agit d'une optique sociale qui ouvre un espace d'incertitude et qui, à travers l'identification avec les misérables, la rencontre physique avec le "paria", le contact avec leurs maladies, leurs blessures, le néant de leur condition, définit progressivement la possibilité de tracer des parcours et des sentiers qui conduisent de la ville, domaine des individus respectables, à la foule inquiétante des hommes et des animaux sauvages.
L'attention portée par François à la nature, à l'herbe, aux fleurs, à l'eau, au feu a, entre le XIXe et le XXe siècle, trop souvent été réduite à un "romantisme" aussi maniéré qu'improbable et anachronique. Or l'enjeu est tout autre. Selon les biographes de François, ses pérégrinations, ses vagabondages et les périples imposés par les prédications ou les quêtes, en éloignant François des villes, vont lui permettre de découvrir dans les grottes, les forêts, les ermitages, un pan des richesses du monde irréductible à une valeur d'échange aisément monétisable. Il s'agit des éléments indispensables à la vie, l'eau, l'air, le feu, mais également, ne l'oublions pas, du travail qui met à l'épreuve le corps, ce corps dont les besoins variables sont subjectivement déterminés :
"En cas de nécessité, tous les frères, où qu'ils soient, pourront faire usage de tout ce qui peut se manger, ainsi que le seigneur l'a affirmé à propos de David qui mangea les pains de proposition : or seuls les prêtres avaient le droit de les manger." Le corps devra être soigné "compte tenu des lieux, des saisons et des pays froids. [L'appréciation des besoins] est laissée à leur jugement", et par ailleurs, en échange de leur travail, ils pourront recevoir "ce qui est nécessaire à la vie du corps, [...], à l'exclusion de la monnaie et de l'argent".
"Le saint disait parfois : "Il faut avec discernement pourvoir notre frère le corps de ce dont il a besoin : on l'empêche ainsi d'engendrer la tiédeur et le trouble. Pour qu'il ne prenne pas en dégoût les prières et les veilles, ôtons-lui tout prétexte à murmurer : Je meurs de faim".
Fruits de la Création ("créatures"), l'air, l'eau, le feu, le corps, et la puissance qui leur est inhérente de pourvoir à la sustentation, de désaltérer, de réchauffer, d'agir, sont non seulement "beaux" et "précieux", ils sont aussi nécessaires. Pourtant leur valeur n'est pas monnayable, ou du moins elle ne dépend pas - dans les biographies de François - d'une estimation préalable qu'aurait imposée la société des puissants et des riches : elle n'est pas objective.
De même que la valeur d'un travail effectué ou les besoins spécifiques à chacun, déterminés pas sa condition physique particulière, n'ont rien d'objectif, la valeur des éléments de la nature ne peut se mesurer. Un lien relie le chant de la cigale, béni et protégé par François, à ce que celui-ci consigne dans les deux règles du futur Ordre concernant la question de la subsistance des fratres et la nature relative de ce qui leur est indispensable. Parce qu'il y lit une glorification de Dieu et en éprouve du plaisir, François restitue toute son importance à ce chant apparemment superflu, alors même que l'obéissance de la cigale confirme que la valeur de l'animal et sa soumission sont du ressort des élus et des inspirés.
Mais par ailleurs, en établissant que la seule rémunération admise en échange d'un travail sont les biens de consommation nécessaires à la subsistance des fratres, excluant donc l'argent et confirmant l'interdiction de toute forme d'appropriation, en particulier d'argent ou de biens, la règle désigne le travail lui-même comme la seule mesure possible de l'évaluation des besoins fondamentaux des fratres. Seules les choses plus ou moins utiles aux fratres valent leur travail.
Giacomo Todeschini, Richesse franciscaine, De la pauvreté volontaire à la société de marché, Verdier poche, 2008
image : vitrail de l'église Saint-Médard, Paris
14:11 Lien permanent | Envoyer cette note
08.02.2009
danse
Mon cœur d’amour aux poissons volants,
Je t’envoie
Une pluie pleine de couleurs,
Une manne de mots tout doucement
Descendus de Là-haut,
Un panier de bonheurs et de rires secrets,
Je t’envoie
Un miroir pour t’y voir,
Ô mon si beau gentil homme !
Nulle île à l’horizon,
Je flotte, cœur d’amour, sur l’océan de joie,
Le jour sous les étoiles, la lune et le soleil,
La nuit sous l’arc-en-ciel qui protège nos rêves.
Des vagues montent, elles me portent
Si loin.
Nulle vigie en moi pour crier terre,
La terre promise m’est donnée, à tout moment,
Aux noces du monde où je danse avec toi.
12:58 Lien permanent | Envoyer cette note
fleurs
Mon cœur est une brassée de fleurs
Elles chuchotent, elles murmurent,
Froufroutent les unes avec les autres,
Elles exhalent, divin parfum,
Toutes leurs fines joies d’espoir,
Elles se tendent, elles se dressent
Vers la lumière de ce jour,
Riant, tout au long de leurs tiges,
Quand elles se sentent irriguées
De sève douce et blanche, de sève,
Mon cœur, reçue et redonnée,
Sève de Dieu qui sourd de l’être.
12:56 Lien permanent | Envoyer cette note
Blanc
Je vois
Sortir de la nuit de mes mains
Tendues des branches de cerisier
Fleuries. Ô le parfum de vie
Qui sourd de mes dix doigts,
De sous mes ongles vers
Toi l’arbre tout revêtu de blanc
Qui fait un pas et juste
Dans la pluie de lumière, plie,
S’agenouille, ô amour !
Ô très divine vision, qui me tue,
Qui me perce de chants !
12:48 Lien permanent | Envoyer cette note
07.02.2009
Arte Povera is Everyhere
18:40 Lien permanent | Envoyer cette note
LaChapelle à la Monnaie
13:15 Lien permanent | Envoyer cette note
06.02.2009
...
11:44 Lien permanent | Envoyer cette note
Si c’est du feu
Réveillée par ces mots, que je prononçais : « Un mot peut-il émettre de la fumée ? »
11:29 Lien permanent | Envoyer cette note
05.02.2009
Je suis avec lui, de toutes mes forces
"La théologie et la philosophie de l'histoire naissent, surtout pendant les crises de l'histoire des hommes.
...
C'est d'ailleurs dès le Nouveau Testament et son eschatologie que l'histoire était devenue foncièrement "critique". Mais dans le haut Moyen Age, et plus précisément au XIIIe siècle, cet essai atteint pourtant un nouveau sommet. L'occasion en fut la toute nouvelle prophétie sur l'histoire de l'abbé Joachim de Flore, qui ne devint cependant assez forte pour enflammer les esprits que par la brillante confirmation que semblèrent lui apporter la personne et l'action de saint François d'Assise"
Benoît XVI, La théologie de l'Histoire de saint Bonaventure, Puf
Carnet d'Amour
13:11 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
04.02.2009
Duende
"... sentiment ineffable, transe, il surgit comme la grâce au carrefour des arts conjugués de la danse, de la musique et du chant. À l’improviste, dans la voix d’un « cantaor » entrant soudain en communion avec la danse. Il peut ne toucher qu’une seule personne, ou bien se répandre comme le feu. Dans le dépouillement du « cante puro », le chant pur, plus aucun son n’accompagne le chant. Ce « silence sonore », brisé par la voix, forme une plainte déchirante, un hymne à l’amour, à la mort. Le duende se recherche. Mais il faut le laisser venir, en réalité. Chacun l’attend, bien sûr, chaque soir de spectacle. Tout le monde l’espère (la langue espagnole s’avère formidable : esperar signifie à la fois attendre et espérer). « Tout ce qui a des sons noirs a du duende. Ces sons noirs sont le mystère, les racines (…). Le duende aime le bord de la blessure et s’approche des lieux où les formes se fondent dans un désir qui brûle…», disait Federico Garcia Lorca en citant un ami qui écoutait la musique de Manuel de Falla.
Léon Mazzella. À lire plus longuement chez lui
Ah, ça me parle, ça me vibre !
sur mon livre La Dameuse, un blogueur nommé "Aïn", dont je ne trouve plus la page, avait écrit :
"Ayant été ébloui il y a peu par Théorie et jeu du Duende de Federico Garcia Lorca, je ne cesse de ramener tout ce que je trouve bon à ce texte. Néanmoins, il y a de ce duende dans le dernier roman d'Alina Reyes, de cette vie, de ce sang qui émerge de la douleur, de cette possibilité de la mort :Autrement dit, ce n’est pas une question de faculté, mais de véritable style vivant ; c’est à dire le sang ; c’est-à-dire de culture antique, de création en acte."
19:40 Lien permanent | Envoyer cette note
Le Monde n'est pas chien. Enfin, façon de parler...
"Tu me tues" n'a donc pas été publié, ce 8 avril 2004, mais Zulma a pu se consoler en découvrant, à la date du 9 avril 2004, un grand article dans Le Monde sur... Zulma, ses collections, ses nouveautés...
C'est le premier qui apparaît dans la page de recherche du journal sur le nom de cet éditeur, car c'est le premier article qui leur était consacré. Les précédents le mentionnaient au passage sur tel ou tel sujet, ou à l'occasion d'une critique de livre. Cette fois, la maison a droit à une reconnaissance toute particulière. Cela commence ainsi :
"Zulma a le vent en poupe. Après avoir créé en novembre 2003 une collection pour la jeunesse, la maison dirigée par Laure Leroy et Serge Safran (directeur littéraire) se lance dans le poche, non sans audace, avec deux collections. La première, « Zulma poche », propose trois titres d'Hubert Haddad, Gisèle Prassinos et Ella Balaert ; la seconde, dont aucun nom spécifique n'a été donné, offrira dès juin des romans et nouvelles, en anglais... dans le texte.
Rendre plus visible une maison qui, depuis treize ans, défend une politique d'auteurs éclectique..."
Je n'ai pas le droit de recopier cette archive payante, dommage car c'est un bien bel et grand article...
Quelques jours après, le 16, Le Monde rendait compte aussi d'un livre de l'excellent Hubert Haddad.
Une certaine fidélité s'ensuivit, et cet éditeur (qui est le mien) le mérite (même si aucun de mes six livres publiés chez Zulma n'a seulement jamais été mentionné dans Le Monde - pas plus que mes autres livres d'ailleurs, qui ne sont pourtant pas moins bons que ceux de Mazarine Pingeot ou autre chouchou de Josyane - Fabrice Gaignault à qui je racontais un jour que je n'avais jamais de critiques dans Le Monde n'arrivait pas à le croire - il est vrai qu'à l'époque j'étais suivie par le reste de la presse mais depuis, le mutisme sur mon travail a gagné à peu près toute la presse. Il est tout aussi vrai que je n'ai jamais rien fait pour leur lécher les pieds, ni hanté les lieux où les fréquenter).
En 2006, le même plumitif qui s'en prenait l'autre jour à Points Seuil (enfin une occasion pour moi d'être mentionnée dans Le Monde des livres !) consacrait de nouveau un long article à Zulma, que je ne reproduirai pas davantage que le premier, mais qui, avant d'explorer les collections de la maison, commence ainsi :
"Elle avait été consacrée « plus jeune éditrice de France ». C'était en 1991. Laure Leroy, âgée de 24 ans, avait créé Zulma avec Serge Safran pour publier des ouvrages de littérature contemporaine française..."
Heureusement, je vis d'amour et d'eau fraîche.
14:37 Lien permanent | Envoyer cette note
03.02.2009
Police spéciale
La tour de la Sorbonne se perdait dans la brume, la nuit, la désolation. Ses murs étaient aussi longs que ceux de la Santé, la prison proche aussi du boulevard Gabriel, chez moi. L’ancien Collège de France, prestigieuse institution qui avait accueilli les plus grands noms de toutes les disciplines du savoir, hébergeait maintenant les bureaux de la P.S., Police Spéciale, dont les méthodes étaient directement inspirées des dérives occultes pratiquées par Sad, du temps où il fut ministre de l’Intérieur et où je l’aimais. Espionnage, chantage, torture mentale, mensonge, manipulation, élimination de preuves… Il ne faut pas être trop scrupuleux avec sa conscience quand on occupe ce genre de poste, n’est-ce pas ? Te souviens-tu, Sad, de la fois où tu envoyas ta bien-nommée directrice de cabinet intimider un éditeur avec lequel je t’avais dit être en contact, afin qu’il ne publie pas le manuscrit, intitulé Tu me tues, qu’en toute confiance je t’avais envoyé, t’avertissant qu’il n’était pas définitif et te priant de bien vouloir me faire tes observations (car ce texte était encore une façon de te dire ce que je n’avais pu te dire autrement, et l’espoir d’obtenir de toi les réponses que tu ne m’avais pas données), ce manuscrit où je parlais, quoique de façon déguisée, de toi et moi, mais aussi d’elle et du jour où, devant ta porte, elle m’avait agressée physiquement et verbalement ? Oh, tu t’étais donné le luxe de lui faire dire que, contrairement à elle, tu ne me ferais pas de procès. Quelle magnanimité. De quoi me plaindrais-je, ce n’était qu’une minuscule trahison parmi de bien plus graves et de bien plus grands crimes auxquels le pouvoir invite. Que pèse une femme qu’on aime, face aux enjeux d’une position de pouvoir ? Un kilo de plumes est tellement plus léger qu’un kilo de plomb…
(in Forêt profonde)
Le roman Tu me tues , quoiqu'il fût tout près d'être publié, n'a jamais paru. Mais le texte n'a pas voulu se taire, il a continué à travailler, se développer... trois ans plus tard il s'est caché dans Forêt profonde, roman occulté.
23:18 Lien permanent | Envoyer cette note
"Tu me tues"
16:16 Lien permanent | Envoyer cette note
Enfant, qui me t'a tué ?
MADELEINE
Ô Dame du Paradis,
Ton petit enfant est pris,
Le bienheureux Jésus Christ.
Accours vite, Dame, et vois
Comme la foule le frappe.
Je crois qu'on va le tuer,
Si fort on l'a flagellé !
LA VIERGE
Comment se pourrait-il faire,
Lui qui jamais ne pécha
...
Enfant, toute ma joie,
Enfant, qui me t'a tué ?
...
Et j'ai senti le couteau
Qui me fut prophétisé.
Jacopone da Todi, Complainte de la Passion
16:11 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
D’enfance en enfant, de boire en pleurer, de hauteur en hauteur
J’écoute de la musique, je la danse aussi, je la chante, je la joue. Je la pleure bien sûr, d’amour. Heureux les hommes qui ont en toi leur force, /les montées leur sont à cœur./Traversant la vallée des larmes,/ils la changent en un lieu de bénédiction. Psaume 83, aussi traduit : Quand ils passent au val du Baumier,/où l’on ménage une fontaine,/surcroît de bénédiction, la pluie d’automne les enveloppe. Puis : Ils marchent de hauteur en hauteur, Dieu leur apparaît dans Sion.
Je ne consomme pas l’art à distance, je n’en jouis pas à distance et malgré lui, je l’épouse, je le vis, je le transforme, comme peut le faire tout enfant. Dieu, je franchis la distance, je Le touche, je Le fais.
J’étais enceinte, j’étais pleine. J’étais l’enceinte de Jérusalem, surnaturellement vivante en mon ventre, tout à la fois accomplissement et promesse. Mes yeux, sentinelles postées sur les remparts de la ville épousée, toujours humides et grand ouverts, voyaient le ciel à travers tout. J’étais enceinte, je lisais les Évangiles et la Genèse, dans une parfaite harmonie du verbe et de la chair. (Lumière dans le temps)
13:14 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
Vautour fauve
01:27 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
02.02.2009
Chandeleur, de nouveau
I
Oui mon ange, c’est pour toi que je fais la pâte. Comme dans un rêve, six ans ont passé depuis le jour de ta naissance.
Tu sais ce qu’on dit ? L’ours sort de sa tanière le jour de la Chandeleur. S’il fait doux, il se dépêche de rentrer, car il sait que le froid va revenir.
As-tu trouvé qu’il faisait doux, en sortant de mon ventre ?
Il a dormi tout l’hiver au creux de la terre, et le monde autour de lui n’était que neige. Oui mon fils, la neige était sa nacelle. Il reposait là, d’un long rêve, ensommeillé au cœur de la rumeur du monde, au centre exact des hurlements du monde, fers croisés anéantis dans l’épaisseur du blanc.
De quoi rêvait-il ?
T’en souviens-tu ?
Le temps était confus et ses rêves aussi, parce qu’il ne savait pas qu’il souffrait de ne pas les connaître, de ne pas savoir quels rêves habitaient son corps effacé par l’hiver.
As-tu trouvé qu’il faisait doux, mon ange, en sortant de mon ventre ?
Maintenant que tu es grand, je vais te dire par où tu es sorti de moi. Par ma bouche tu es sorti. Depuis quelque temps je voyais rallonger les jours, et dans ce supplément de lumière qui déchirait un peu plus tôt chaque matin la nuit, qui la repoussait un peu plus tard chaque soir, sous le pinceau du ciel, lentement, apparaissait ton visage.
C’est par mes yeux d’abord que tu es sorti. Lentement, inexorablement.
Lentement un peintre inconnu, des cils aigus de son pinceau m’a ouvert les yeux pour te laisser passer.
Mes yeux dont les paupières étaient restées closes si longtemps à l’entrée de la tanière pour protéger ton hibernation.
Crois-tu que l’opération soit sans douleur, de se faire fendre les paupières pour libérer le rêve d’un autre ?
J’ai crié de joie et de terreur, quand elles se sont écartées pour laisser passer la lumière qui venait, la nouvelle lumière après l’hiver.
La lumière entre en toi à la façon d’une arme blanche, n’est-ce pas. En même temps que mes pupilles s’élargissaient pour l’accueillir, j’ai pressenti mes larmes de sang.
Mon fils, mon soleil, je t’ai fait d’abord naître par mes yeux, mais tu m’as fait naître aussi, en me pénétrant à ton tour par mes yeux.
Fécondée par ma vision de toi, dans mon cœur je t’ai appelé Silence, parce que je t’ai vu rêver dans l’or du temps, où les hurlements du monde, croisant le fer, s’anéantissent.
Dans mon cœur je t’ai appelé Soleil, puisque tu me versais à boire par les pupilles.
Dans mon cœur je t’ai appelé Viens, et j’ai commencé à ouvrir la bouche pour te souffler : « Réveille-toi, mon ange, il est l’heure ! »
J’étais seule, mon fils, le jour de mon accouchement, si seule. J’ai eu très peur, tu sais. C’était la première fois, je ne savais rien, et il n’y avait personne d’autre que moi dans cette cuisine.
J’avais des contractions dans la poitrine, je sentais ma bouche qui s’ouvrait, une horloge sonnait sans s’arrêter.
J’ai traversé tout un jour et toute une nuit comme ça dans la douleur et l’espérance, l’inquiétude et la joie. Avec des plages de très étrange paix.
Avec des plages de très étrange paix entre les contractions, de plus en plus cruelles et rapprochées.
Puis je t’ai senti monter dans ma gorge, dilaté de phrases. J’ai pris mon inspiration et d’un souffle, j’ai poussé ta tête énorme contre mes cordes vocales. Elle a jailli d’entre ma langue et mon palais, vive et fluide, poisson bondissant hors de la mer et aussitôt se déployant en cri.
Et maintenant mon cœur, viens m’aider à mélanger les œufs, la farine et le lait, jusqu’à ce que la pâte soit toute lisse. Voilà, tourne bien, mon amour. Tu sens comme ça fait doux, sur la cuillère ?
Je vais mettre la poêle sur le feu et on va fêter notre naissance en mangeant des soleils au rhum !
II
Oui oui, chéri, je vais faire la pâte ! Je sors le cul-de-poule, et je m’y mets… Douze ans aujourd’hui, et déjà presque plus grand que moi ! Oh mais, je vais arrêter de fêter ton anniversaire, si ça continue comme ça…
« A la Chandeleur, le chant de l’heure… » Pas mal ! Mais si, j’aime tes jeux de mots ! Et tu sais ce que j’adore ? Les entendre jouer, tes mots, au rodéo sur ta voix qui mue ! Mon p’tit gars devient un homme… Ta langue et toi, vous vous chevauchez l’un l’autre comme deux jeunes animaux sauvages, fougueux… et on ne sait pas trop qui fait l’homme, qui fait la bête… non ?
Tu sais ce que ça veut dire, Chandeleur ? C’est ça, chandelle. Candela, en latin. La fête du retour de la lumière. A Rome c’était aussi celle du retour de la saison des amours, pour les oiseaux.
Et la fête des poules ? J’sais pas… Les poules sont des oiseaux ? Ah, à cause du cul-de-poule ! J’y peux rien si ça s’appelle comme ça… Non, saladier, c’est pas la même chose… Le cul-de-poule, c’est l’idéal pour lier les pâtes et monter les sauces. Ça s’appelle comme ça parce que… tu vois bien… on dirait un fond de grande coquille d’œuf… donc… forcément…
Ben oui, c’est drôle : on casse les œufs dans le cul-de-poule. Le puits dans la farine, et les œufs bien serrés dans le creux… on dirait un nid de neige plein d’oisillons-soleils… Ca fait presque de la peine de les casser…
Arrête de te moquer de moi ! Je suis ta mère, bon sang ! Non, j’suis pas une petite fille ! Petit garçon toi-même ! Arrête, tu me fais mal ! Non, je veux pas me battre ! T’as de la chance que j’aie la main à la pâte, sinon… ! D’accord, fais-la toi-même !
Allez… Vas-y délicatement, il faut les incorporer bien en douceur. En même temps tu verses le lait, petit à petit, pour qu’il pénètre bien l’ensemble… Ah oui, « pénètre », ça te fait rire ! Gros malin… Mais non, j’me moque pas… J’sais bien qu’il y a du sexe partout dans la langue. A ton âge on n’entend que ça, après on y fait moins attention… mais tu as raison !
Vas-y franchement, maintenant. Tu gardes bien ta cuillère enfoncée jusqu’au fond et tu tournes… régulièrement et fermement. Hé, hé, pas trop vite… Pas trop lentement non plus, quand même… Du style, du style ! Retiens bien ça, en tout il faut du style ! Du style et de l’amour !
Voilà… Continue comme ça, sinon il y aura plein de grumeaux. On serait obligé de la passer au batteur électrique et je préfère pas, c’est moins bien qu’à la main. Moins onctueux, j’sais pas… Sans compter que ça risque éclabousser partout…
C’est bien mon grand, tu t’en sors très bien… Oui, oui, encore… Change pas de sens… Les aiguilles d’une montre… Tu vas voir, à moment donné, tu vas sentir que ça se détend, que le mélange prend… Ça y est, ça va tout seul, non ? Quand tu sens bien que c’est bon, que tu y es, hop ! de l’autre main une lichée de rhum, et voilà ! Regarde-moi ça, c’est comme si je le sentais moi-même, ça finit de lier à merveille ! Miracle de la chimie ! C’est pas beau ? Fais-voir que je vérifie. Parfait ! Y’a plus qu’à laisser reposer un peu !
Qu’est-ce t’as dit ? Laisser reposer le cul de la poulette ? Dis donc, où t’as appris à parler comme ça ? Et devant ta mère, en plus ! Non, je veux pas me battre ! Ah, mais, fiche-moi la paix ! Mon Dieu c’est l’âge bête ! Combien de temps ça va durer ? Laisse-moi gros bêta, j’ai envie de fumer une cigarette, maintenant… Je te rappellerai quand ça sera prêt… T’entends, les oiseaux ?
III
Je sais, mon fils, il faut que je prépare quand même la pâte. Même loin de toi, célébrer le retour du soleil, et ta vingt-quatrième année. Vingt-quatre pour toi, quarante-huit pour moi. Moi ici, toi là-bas… Les deux faces de la crêpe, à la fois séparées et liées…
Farine… [elle chante] Meunier tu dors, ton moulin ton moulin va trop vite…
Œufs… [elle chante] Y’a dans la grange une poulette blanche qui va faire un joli coco pour bébé qui va faire dodo…
Lait… Tiens, pas de chanson pour le lait… !
Le lait…
En ton absence je peux bien le dire, tu es toujours mon bébé… Mon nouveau-né…
En ton absence je peux bien le dire, je suis amoureuse d’un homme… Très amoureuse…
En son absence je peux bien le dire, il est mon nouveau-né…
[elle chante] Y’a dans la grange une poulette blanche…
Moi je me berce, je me berce en pensant à mon amour…
Pas de chanson pour le lait… A préparer la pâte, comme ça, je sens mes seins qui gonflent… Pauvres orphelins… [elle chante] Je suis venu calme orphelin/Riche de mes seuls yeux tranquilles… Où j’ai mis ce dessin ? J’avais découpé des seins dans une pub, je les avais collés à la place des yeux… Sur un visage de femme que j’avais dessiné… Dans les nuages, oui, je l’avais mis dans les nuages… Avec ses yeux-seins elle regardait un sombre château dressé au-dessous d’elle, plein d’ombres, de tours, de meurtrières… des mâchicoulis, des recoins…
[elle chante] Je suis venue calme orpheline/Riche de mes seuls seins tranquilles/ Vers les hommes des grandes villes/ Ils ne m’ont pas trouvée maline….
Pauvres orhelins… Pas une bouche, pas une main, pas un oiseau pour se poser sur eux… Mes tourterelles sacrifiées… Chandeleur, le jour où Marie a présenté Jésus au temple, quarante jours après sa naissance selon la Loi… le sang de la vierge avait fini de couler d’entre ses cuisses, le lait perlait à ses seins… On a fait couler le sang des tourterelles… Faut-il toujours que le sang soit versé à proportion du lait ?
Voici le printemps qui s’annonce, Marie vient présenter au monde sa Lumière faite homme… et aussitôt Syméon prophétise son tragique destin….
[elle chante] Meunier tu dors, ton moulin ton moulin va trop vite, Meunier tu dors, ton moulin ton moulin va trop fort… Meunier tu dors j’ai donné mon amour à un homme, Meunier tu dors, t’as broyé mon amour bien trop fort…
Ce n’est que de l’eau, de l’eau salée qui tombe dans la pâte, il faut toujours un peu de sel dans la farine…
Marie s’en allait au temple, radieuse, son amour dans ses bras…
Oui, fête des chandelles, chant d’elle, elle chante, l’aimante, elle ne sait pas encore… Mais moi je sais…
Moi je me perce, je me perce le cœur en pensant à mon amour crucifié, à mon homme crucifié… Moi je deviens sa Marie-Madeleine, je baise ses chevilles et je lèche ses larmes, mange-moi, mon bébé…
Mange-moi bien fort, je te donne mon corps en deuxième corps, en corps-même.
Mange-moi bien, que je puisse, aveugle, soigner très exactement ton corps de mes vingt doigts aimants…
Vingt doigts, c’est le nom de l’homme chez les Mayas adorateurs du soleil. Parce que c’est aussi pour eux la mesure du temps, l’écriture mathématique du monde… L’amour est une affaire d’équation, emboîte ton chiffre avec le mien et voyons si c’est juste…
Voilà, le mélange prend, la pâte devient fluide, plus d’embarras… Tout est dans l’art et la manière… Dieu fournit la farine, les œufs, le lait, sans oublier le rhum… théorie des ensembles… le Saint-Esprit y met ses doigts agiles… et en un tour de main à la pâte voici la femme pétrie d’un nouvel être… le corps du Christ dans cette crêpe… dans cette hostie que mon amour n’en finit pas de te présenter…
Mon amour, je sais comment réunir les deux faces de la crêpe : en la roulant sur elle-même, encore brûlante… en la roulant sous mes doigts comme une belle tige d’amour… Fais-le pour moi, si je suis loin de toi. Même loin de moi, célébrer. Faut-il toujours que les larmes soient versées à proportion de la joie ?
IV
C’est gentil d’être venu… Tu n’as pas eu trop de mal, dans la neige ? Assieds-toi près du feu ! Je me suis procuré de quoi faire les crêpes, comme autrefois… Comme tu es beau, mon fils ! Encore plus beau qu’au cinéma. Ça te fait quel âge, déjà ? 48 ? Oh, c’est rien… On t’en donne dix de moins.
Il y a combien de temps qu’on s’est vus, la dernière fois ? Laisse tomber, ne calcule pas, de toutes façons je suis fâchée avec les calendriers.
En tout cas c’était avant que je m’installe ici. La vie n’est pas trop difficile, en ville ? Tu trouves de quoi manger correctement ?
Oh non, ici, c’est tranquille. Je m’arrange avec le fermier d’en bas. Regarde, il m’a apporté six beaux œufs, du lait de sa vache, et même un beau morceau de beurre. Tu n’auras qu’à l’emporter, tu penses bien que je n’ai pas besoin de tant de beurre. C’est pas bon, à mon âge. Si si, je te dis. Et ta jeune femme, elle sera bien contente de l’avoir ! J’écoute les informations tu sais, je suis au courant de la pénurie, en ville. Comment s’appelle-t-elle, déjà ? Et vous êtes heureux, tous les deux ?
Tu vois que tu avais tort de t’inquiéter. Du moment qu’elle t’aime. Il ne faut jamais refuser l’amour qui vient. Même s’il prend les traits de la mort. La vie est si longue, une fois qu’on a dû renoncer à l’amour…
Ici la nuit, j’entends les passeurs. Oui, presque toutes les nuits. Malgré la neige il y a beaucoup de gens qui veulent passer la frontière. Toutes les nuits je les entends. Ça fait un bruit, si tu savais ! Des centaines ils sont, parfois. Tu te souviens comment tu disais, quand tu étais petit ? « La neige croustille sous leurs pas »…
C’est exactement ça : la neige croustille comme le bord d’une crêpe trop cuite sous leurs pas. Par centaines je les entends défiler.
Ne t’inquiète pas, je ne suis pas folle, je sais bien que c’est dans ma tête que ça se passe. C’est le chagrin qui m’a fait ça.
Pardon mon fils, tu prends la peine de venir jusqu’ici dans la neige me voir, et moi je te raconte des bêtises, au lieu de faire les crêpes. C’est pour rire, tu sais ! En fait la nuit j’entends les crêpes. J’entends la chouette, je veux dire. HU HU HUUUU ! HU HU HUUUUU ! Toutes les trois minutes.
Dis-moi, toi qui sais tout, tu peux m’expliquer ce qu’elle a, à ululer comme ça ? Parfois je me demande si elles ne sont pas deux, à s’appeler et se répondre, mais ça vient toujours du même endroit, du grand arbre là-bas. Elles n’iraient quand même pas se hurler comme ça dans les oreilles à un mètre l’une de l’autre, non ?
Je n’entends plus très bien quand on me parle, mais ici il y a un tel silence.
Un tel silence.
Alors forcément on entend tout. Même l’araignée quand elle tisse sa toile, on l’entend.
Non non, je suis très bien ici. Tu sais comme je suis, j’aime bien être tranquille. Ce qui me fait mal aux oreilles, c’est le bruit des gens qui parlent. Ici c’est bien, je n’entends personne.
Est-ce que tu es une star du cinéma muet, mon fils ? Je te taquine, tu sais bien que j’aime te taquiner. Ça ne me gêne pas que tu ne dises rien, du moment que je te vois.
Ce qui m’inquiète un peu , c’est que je ne suis pas sûre que tu m’entendes. Il y a si longtemps que je n’ai pas parlé, je crois bien que je n’ai plus de voix. Moi-même je dois dire que je ne m’entends pas…
Jeannot vient deux fois par semaine m’apporter des provisions mais on ne dit rien, il croit que je suis complètement sourde alors il ne dit rien, je lui donne l’argent, on se fait une sorte de sourire et il s’en va. Je crois qu’il m’aime bien, il est charmant tu sais, c’est dommage que je ne sois pas un peu plus jeune. De toutes façons, l’amour… il m’attend…
Est-ce que tu es heureux, mon fils ? Je t’entends parfois, à la radio, ça marche bien pour toi, n’est-ce pas ? Et avec ta femme, tu es heureux ? Il faut absolument que tu lui apportes ce morceau de beurre, regarde comme il est jaune et brillant…
V
As-tu trouvé qu’il faisait doux, mon fils, en sortant de la vie ? Viens mon ange, tu as vécu presque un siècle, c’était la bonne mesure pour toi. Viens mon bébé, je t’ai préparé une bonne odeur de pâte au rhum.
C’était la juste mesure pour quelqu’un dont on avait tant besoin là-bas. As- tu su vivre, mon cœur ? As- tu su aimer et être aimé ? Laisse tout sur place, n’emporte rien. Ne garde que l’amour, prends avec toi tout l’amour que tu as reçu et celui que tu as donné. Il n’y a rien d’autre, ici.
Laisse-toi aussi, si tu veux, ne t’emporte pas. Car il n’y a rien d’autre que l’amour, ici. Rien d’autre, pas même un Autre, pas même un Même à aimer.
Il ne fait pas doux, mon fils, en sortant de la vie. Ne sois pas tenté d’y rentrer de nouveau, ici le froid ne risque pas de revenir et rien ne sert d’attendre encore un peu. Ici il n’y a plus de temps et il n’y a plus d’ici pour les êtres humains. Des voix, des parfums, des couleurs… d’autres vibrations pour lesquelles je n’ai pas de noms…
Ici nous sommes… Nous sommes « nous ne sommes pas », ou plutôt « nous sont autres »… J’essaie de te dire, de retrouver au fond de je ne sais quel passé les mots anciens, pour te dire… Les mots en loques, les mots exténués… Comment te dire, avec ces pauvres mots ? Maintenant que je le sais, je voudrais te dire pourquoi les hommes souffrent tant. Seulement les mots que tu comprends ne savent pas le dire. C’est justement la raison pour laquelle nous souffrons tant, tout au long de notre vie.
Tout vient de la langue, l’univers entier est une langue, une langue d’un seul mot qui ressemble à Amour mais que nous ne comprenons pas.
Ici nous sommes le Rêve qui nous a rêvés, notre vie durant, qui s’est laissé aller à éparpiller la langue en nous rêvant. Notre langue était de cet Enfant qui rêve, écrite sur un drap pendant la nuit. Langue dérisoire et pourtant précieuse, puisqu’elle était la trace où nous avions raison de chercher l’Enfant qui rêve.
Ici nous ne sommes plus dans le rêve, nous sommes le rêve même de l’Enfant du désir. Maintenant je vais rendre mes pauvres vieux mots à leur ruisseau, d’autres s’en serviront sans doute encore. Moi je n’en ai plus besoin, je préfère me laisser aussi, et ne laisser entrer de moi que l’amour, dans le rêve de l’Enfant. Il lui faut tant d’amour.
01:30 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
01.02.2009
Fleur offerte
11:31 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
31.01.2009
Lecture du jour : le vent et la mer lui obéissent
Toute la journée, Jésus avait parlé à la foule en paraboles. Le soir venu, il dit à ses disciples : « Passons sur l'autre rive. » Quittant la foule, ils emmènent Jésus dans la barque, comme il était ; et d'autres barques le suivaient. Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait d'eau. Lui dormait sur le coussin à l'arrière. Ses compagnons le réveillent et lui crient : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Réveillé, il interpelle le vent avec vivacité et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n'ayez pas la foi ? » Saisis d'une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
Evangile selon saint Marc, chapitre 4,35-41
13:04 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
30.01.2009
Sortir de l'enfermement spéculaire par la prière, la poésie en acte
"Parler de simulacre est également révélateur d’une cassure ontologique puisque dans Alain Zannini, le lecteur, tout comme l’auteur, sont dramatiquement confrontés à une opacité des signes. Le narrateur (qui n’est pas forcément l’auteur) du roman de Nabe fait ainsi l’expérience de la coupure fondamentale que Michel Foucault a analysée à propos des mots et des choses. Ne pouvant être lu ou plutôt déchiffré qu’à grand-peine, l’univers de signes énigmatiques (comme le fameux rébus) ou inversés nous indique confusément que notre monde, certainement, est truqué (encore un mot éminemment dickien), qu’il n’est pas le vrai puisque, selon la fulgurante parole évangélique, nous voyons, depuis la Chute, en énigme et comme au travers d’un miroir. Ainsi comprenons-nous, le narrateur d’Alain Zannini ne cessant d’ailleurs de le répéter, que nous sommes les prisonniers d’un monde spéculaire, en fait la prison que constitue le livre, à condition de préciser qu’il s’agit, dans ce cas, du mauvais livre (comme on parle de mauvais rêve ou de mauvais lieu)
...
Dès lors en effet, il «faut se méfier des mots qui ressemblent à d’autres : souvent ils reviennent sur les lieux du crime de leurs doubles». Cet emprisonnement est la conséquence d’une réelle déchéance, c’est-à-dire, stricto sensu, d’une chute, qui se traduira par la nostalgie, sans cesse présente dans le roman de Nabe, d’une pureté perdue, par la radicalité désespérée avec laquelle le flic de Dantec s’acharnera à poursuivre sans jamais le capturer un énigmatique tueur en série. Non seulement le narrateur sait qu’il est le prisonnier d’un cachot qu’il a lui-même érigé de part en part, livre après livre ou plutôt, tome après tome du Journal intime, mais en outre il a vite fait de comprendre que c’est l’instrument même de son aliénation qui sera aussi (lui seul et pas un autre) celui de sa libération et, si l’on me permet un mot que ne récuseront certainement pas les deux auteurs, de leur rédemption. Ainsi Nabe se prend-il «à penser à ce qui arriverait si un livre, à force de faire trembler tout le monde, finissait par laisser tomber ses pages défraîchies et que dessous apparaissait un autre livre, plus ancien, plus lumineux, plus stylisé…»
Juan Asensio, critique du roman Alain Zannini de Marc-Edouard Nabe, à lire en entier ici.
Le rapport entre spéculaire et prière était au coeur de la mise en scène des Vêpres de la Vierge par Oleg Kulik, ainsi que l'a vu et me l'a expliqué un ami prêtre, qui était là, avec son regard d'homme de liturgie.
Ainsi donc, comme savent le pressentir ou le voir certains écrivains, artistes, prêtres, ou autres femmes et hommes, c'est la prière, cette poésie en acte, tournée vers le Tout-Autre, qui peut nous arracher au simulacre (donc au mensonge) du monde dans lequel nous vivons, à l'idolâtrie dévastatrice, à l'enfermement spéculaire (et à son éternel retour des pires fantômes).
15:06 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
29.01.2009
...
19:10 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
Lumière dans l'Histoire
« Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé ! » (Luc, 12, 49). Jésus est l’être ardent, l’être de la vie ardente, de l’amour ardent, de l’ardente vérité. De l’ardente patience, aussi, comme dit Rimbaud. Il est Dieu en Dieu et Dieu en l’homme, feu du ciel et feu du cœur de la terre. Buisson ardent d’où vient la Parole. La paix véritable n’est pas un consensus lénifiant. Elle vient par la vérité, et c’est en mettant le feu aux hommes qu’il révèle leur vérité. Ce feu qui brûle tous nos mensonges, tout ce qui est mensonger dans nos liens. C’est pourquoi il dit aussi, juste un peu après, qu’il est venu apporter la division. Ce baptême du feu auquel Jésus s’offre et qu’il nous offre, c’est son exigence de lumière, dût-elle se faire au prix d’une douloureuse passion. Ce feu donne la vie, la mort, et la résurrection.
13:07 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
Just written
02:23 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
Pèlerinage à l’inconnu
Je suis en marche vers un but que j’ignore, et c’est précisément ce que je veux. Ma destination, c’est Dieu qui l’a choisie, mais même lui ne la connaît pas tout à fait, puisqu’elle dépend aussi de notre dialogue, qui oriente mes pas.
Il n’y a pas de plus grande liberté que cette conscience, cette vie.
00:28 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
28.01.2009
à écouter : sur les Vêpres de la Vierge au Châtelet
... un intéressant entretien de la soprano Valérie Gabail, entrecoupé de quelques extraits musicaux, réalisé par la radio Canal Académie, ici où l'on trouvera aussi un article et des informations sur cet événement.

18:55 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
27.01.2009
La bête et la bête
13:37 Lien permanent | Envoyer cette note
26.01.2009
Communion des saints
Une seule luciole
Se promène dans la nuit.
Sur la place du village elle erre doucement
Parmi les enfants, les femmes et les hommes
Assemblés pour attendre
Le feu d’artifice.
Je suis cette luciole,
Je n’attends rien,
Simplement je te porte dans mon tout petit cœur
De-ci, de-là, partout sur mon chemin de Dieu.
22:30 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
Ma conversation avec Denise Dumolin...
... peut être écoutée ici sur Radio Notre Dame
19:06 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note
En vérité...
« En vérité, je vous le dis, tout sera remis aux enfants des hommes, les péchés et les blasphèmes tant qu’ils en auront proférés ; mais quiconque aura blasphémé contre l’Esprit Saint n’aura jamais de rémission : il est coupable d’une faute éternelle. »
Ce qui est impardonnable, c’est de « parler contre l’Esprit », de dire qu’il n’est pas puissance de vie et de résurrection, mais qu’il est l’esprit du mal, que ses appels sont insensés, vont contre la vie et le bonheur, bref que l’Esprit « veut ma mort ».
Dire que la source d’eau vive est empoisonnée, c’est se condamner à mourir de soif.
Michel Souchon
Nous nous attardons souvent au spectacle des guerres, des violences, des divisions entre les peuples et les personnes. Mais si nous faisons attention, si nous purifions notre regard, nous constaterons que l'amour (conjugal, maternel, paternel, fraternel…) est bien la chose du monde la plus répandue… La terre en est pleine, comme le chante le psalmiste. Autrement dit ils sont nombreux ceux et celles qui ont fait ou font encore cette expérience, même si tous ne peuvent y reconnaître la trace de Dieu.
Amélie Lebourgeois
12:55 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note





