20.02.2009
Psaume 27
L’écume en rugissant ourle l’abîme
Noir absolument et peuplé de chimères
Dentées sous la nuit couchée de tout
Son poids d’étoiles vives. Acides aiguilles,
Vous ouvrirez le jour, vous découdrez la peur,
Mais dites, serez-vous là encore, dans l’amour
Revenu, dans l’or soyeux des notes qui chantent
Juste le monde ? Seigneur, j’ai traversé les ténèbres
Avec toi. Sur ce chemin je t’ai suivi
Sans le vouloir, sans le savoir, fidèle
Comme ton animal. Au bout c’est la salle de bal
Ouverte pour nous seuls. Dans tes bras je danse,
Mourant de joie, ah ! de l’esprit de la danse
Tenue, tendue, d’un bout à l’autre de ton spectre,
Du bout des doigts tu me soulèves, je bondis,
Je jaillis, écume rugissante de la douleur enfin
Défigurée, dans la douleur que défigure
Le sillage de joie tout tintant de divine
Folie. Encore ! Encore ! Joue, *,
Qu’elle se torde et, torsadée, s’abolisse
Où ta musique l’envoie valser !
09:37 Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature, christianisme
28.11.2008
Bouton d'or
Merci pour le réveil, ami ! Ce chant
De l’oiseau qui monte dans l’anse bleue du ciel,
N’est-ce pas toi qui picores mon cœur,
Mon cœur de bouton d’or tendu vers ton amour,
Attendant la becquée de tes mots, de ta douce
Chanson ? Oh, merci pour le nouveau matin,
Ami, que tu fais chaque jour en ma fleur lever !
Qu’elle te soit petite lumière à ton menton !
13:46 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature
07.09.2008
Un long jardin dans le désert égyptien
11:24 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Littérature
05.09.2008
Le sens de la justesse
Les deux grands ennemis du christianisme sont le manichéisme et le catharisme. Sous toutes leurs formes, et qui s’ignorent, bien entendu, et perdent l’homme dans leur gnosticisme, leur discours distancié, faussé.
Le christianisme c’est l’amour du verbe corps à corps.
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30.08.2008
Apparition de la beauté
Rendez à Vénus ce qui appartient à Vénus, Dieu vous le rendra.
"Ruisselant d'eau, sortant de la mer comme une Vénus masculine, long, souple et brun, il sourit, à lui seul ou à la vie sans doute, puisque nous sommes trop loin, qu'il ne nous connaît pas, et qu'il ignore qu'on l'attend"
Alina Reyes, Moha m'aime, Gallimard Folio
12:24 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Littérature
22.08.2008
Saint Marcel
Au trumeau du portail sud de Notre-Dame de Paris,
saint Marcel, doux vainqueur du dragon
...
qui sort du tombeau de la femme.
La femme était assise dans son cercueil ouvert et en flammes comme si son corps, le feu et le dragon étaient les strates d’un même être. Saint Marcel, qui avait mille six cents ans plus tôt sauvé Paris de la bête en lui ordonnant d’aller se jeter à la Seine et de rejoindre la mer, faisait le geste de bénir la foule. Mais selon une lecture occulte du livre de pierre qu’est Notre-Dame (et toi, quelle lecture fais-tu de ce présent livre de papier ?), la statue figure la découverte de la pierre philosophale, et la main du saint fait en réalité signe de garder le secret à qui l’a compris.
Soudain le vent se leva et la pluie se changea en grêle compacte et violente. Les petits éclats de glace, quand ils frappaient le visage ou les mains, faisaient crier de douleur. Leur taille augmentait à toute allure, et les énormes grêlons qui s’abattaient maintenant en chute serrée transformaient l’atmosphère en chaos, éboulis de silex blancs dans la nuit compacte. Nous sommes entrés dans Notre-Dame, où tout le monde s’engouffrait aussi. Nous avons remonté par la travée sud jusqu’à l’une des chapelles latérales du fond, où nous nous sommes assis contre le mur. On n’y voyait presque rien, mais peu à peu les yeux se faisaient à l’obscurité et apprenaient à utiliser les faibles lueurs jetées par les vitraux. Je fixais la voûte de la chapelle, que je savais peinte en bleu nuit et constellée d’étoiles dorées. D’autres gens étaient assis près de nous. Haruki me tenait enlacée. La panique était perceptible, quoique tout le monde fît des efforts pour rester calme. Une vieille femme qui se souvenait des prières est passée derrière l’autel nu, depuis longtemps désaffecté, et a commencé à faire répéter à quelques dizaines de personnes rassemblées autour d’elle, phrase après phrase, un Sainte Marie, mère de Dieu. Haruki s’est penché sur moi, m’a regardée, si près que je sentais son souffle tiède sur mes lèvres. Je ne bougeais plus. Il s’est encore approché, et m’a embrassée.
Oh, mon Dieu. J’ai accepté le baiser puis je l’ai repoussé gentiment, essayant de sourire pour lui dire que j’étais trop vieille. Il a fait non de la tête, il riait. Il m’a reprise par la main, on s’est levés et on a retraversé l’église. Près de l’entrée nord il a ouvert discrètement une porte, qu’il a aussitôt refermée sur notre passage, avec une clé de son trousseau. On a pris l’escalier de pierre en colimaçon, dont chaque marche était creusée par l’usure de milliers de pas au cours des siècles. Je grimpais sans un effort, il y avait longtemps que je ne m’étais sentie aussi légère. C’était comme si la spirale nous aspirait d’elle-même vers le haut.
Au bout d’un moment il y eut sur la droite un minuscule palier et une grosse porte en bois. Haruki l’ouvrit, glissa le bras pour allumer et s’écarta pour me laisser passer. J’entrai dans la haute pièce carrée. Une table en verre ronde occupait le centre, entourée de six hautes chaises bleues et dorées. Au fond et sur le côté droit étaient disposés les éléments d’une cuisine que je pris d’abord pour un laboratoire. Haruki sortit son carnet et me dit par écrit que c’était ici chez lui, mais que c’était maintenant chez moi. À gauche un élégant escalier à vis donnait sur une autre pièce. Nous y montâmes : c’était la chambre, de la taille d’une cellule, meublée d’un lit futon couvert d’une couette rouge à impressions de calligraphies japonaises noires. Haruki décrocha du mur un petit miroir rond et le tendit devant mes yeux. J’avais retrouvé mes traits de jeune femme.
(Forêt profonde)
23:35 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Christianisme
15.08.2008
Croisement
14:58 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Christianisme, Littérature, Spiritualité
14.06.2008
enroulements
... elle dessine des figures géométriques, et surtout des spirales, des spirales rouges qui partent du centre du corps et s’étendent jusqu’aux galaxies, et partout des yeux, de grands yeux aux pupilles dilatées… Parfois la crainte lui vient d’en devenir folle, elle voit ça dans les tableaux de Van Gogh, quand l’univers entier se déroule à l’infini dans votre tête, quand on est si plein de terrifiant enthousiasme, il y a de quoi vous rendre fou…
Le temps est un cercle innombrable, à chaque instant nous faisons route vers le même instant, que nous n’atteindrons jamais car le cercle n’est pas fermé, là où il s’ouvre passerait juste le chas d’une aiguille et cet espace infime suffit à concevoir l’éternel retour, à nous bercer de cette nostalgie de l’éternel retour, toujours frôlé mais à jamais manqué. A chacun de ses tours et donc à chaque instant le temps se superposant à lui-même de très près, tout en étant à peine décalé, de sorte à éviter la répétition du Même absolu.
(in La Chasse amoureuse)
14:27 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Littérature
12.06.2008
Ses visages
On est arrivés sur le quai en même temps que le métro. On a couru pour monter dans la première voiture, d’où l’on peut regarder, par la vitre qui donne sur la cabine du conducteur, jaillir les couloirs sombres balisés de petites lampes, venir les trouées lumineuses des stations, voûtées en sanctuaires… Oh D., que Ton monde est beau ! Je me suis retournée vers Tes visages, celui du long garçon à casquette noire et petites lunettes qui ressemblait à Kafka… celui de l’Africaine charnue ceinte de tissu bariolé… celui du vieil Asiatique endormi sur son siège… celui du ravissant petit garçon qui grimpait et regrimpait inlassablement le long de la barre, rayonnant d’un éternel sourire…
À la station suivante, est entré dans la rame un vieux violoniste, qui s’est mis à jouer un air russe endiablé. Et aussi (oh, merci, merci pour tous ces hommes !), un jeune Noir magnifique, avec un fin bonnet de coton très blanc sur son crâne rasé, un sweat blanc à inscription chinoise rouge, un baggy léger en treillis clair, des chaussures noires stylées, un nez aquilin et de très belles oreilles rondes et fines, ciselées à merveille, qui de temps en temps mettait son casque de mp3 et chantait en silence… Et puis un petit couple d’hindous américains, tout menus, elle en mini-robe violette sur collants opaques noirs…
Gare de Lyon on a pris le TER, on s’est installés tous les trois à l’étage.
Derrière nous quatre lycéens discutaient et riaient bruyamment, l’un racontait qu’il avait pillé un Monoprix avec des potes, que les CRS en avaient interpellé trois dont lui, qu’ils avaient tenu quelques heures en garde à vue. « Les enculés, ils m’ont attaché au radiateur ! Putain, j’avais chaud ! »
Je me suis sentie bien, la vie circulait dans ce train, oui, pleine de lendemains malgré ses petites misères. Je me suis remise à contempler les gens. Là-bas, le vieux travailleur maghrébin qui dormait sur son siège… la grande et grosse fille black à visage poupin, aux lèvres sensuelles et à la perruque de tresses blondes, avec son air dévergondé et lascif… la jeune femme arabe à chignon, pensive et posée… à côté de sa douce et sage blonde, un grand garçon blanc, sec et nerveux, portant sur chaque phalange de sa main droite une croûte de sang… la fille à cheveux fuchsia sur le sommet de la tête, séparés en raie zigzagante et très bien tirés en mini-couettes (elle est de dos, la moitié inférieure de son crâne rasée, ornée d’une belle calligraphie bleu foncé)… et sa copine, le portable vissé à l’oreille, qui a dû passer des heures aussi à coiffer ses cheveux couleur paille en échafaudage de boucles anglaises, à se tartiner de fond de teint et à tracer un large dessin géométrique autour de son œil gauche… Mon Dieu, comme tu dois aimer ton peuple, les êtres humains ! Comme ils sont colorés, amusants, émouvants ! Misérables et pourtant riches, merveilleux ! Comme je les aime, moi aussi ! Vous êtes des dieux, vous tous, ne le savez-vous pas ?
09:58 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Littérature
07.06.2008
Moment crucial
"Je suis le pont (...) passagère de moi-même si ténue à l’intersection de ma croix, je suis l’axe compassionnel, absolument" (Forêt profonde)
Pest vu depuis Buda
... Le 23 octobre 1956, l'insurrection de Budapest ouvrait une première brèche... "l'insurrection de Budapest était la première étape de l'effondrement de tout un système" François Fejtö
..."nous sommes parvenus à un moment crucial de notre histoire. Nous sommes au seuil d'un nouveau stade d'évolution sociale, spirituelle et culturelle (...)
Le défi que nous devons à présent relever consiste à choisir notre destin (...)
Les données dramatiques du monde d'aujourd'hui ne sont guère engageantes. Des millions de gens sont sans travail; des millions sont exploités pour de maigres salaires; des millions sont réduits à l'impuissance et à la pauvreté. Entre nations pauvres et nations riches, entre riches et pauvres d'une même nation, l'écart est important et ne cesse d'augmenter. Bien que la communauté mondiale soit, d'une part, libérée du spectre de la confrontation des superpuissances et, d'autre part, menacée d'un effondrement écologique, les gouvernements des différents pays continuent de dépenser chaque année mille milliards de dollars en armes et dans le domaine militaire en général, et seulement une infime fraction de cette somme pour le maintien d'un environnement viable.(...)
A nous, êtres humains, il faut plus que de la nourriture, de l'eau, et un abri, plus encore qu'un travail rémunéré, le respect de soi, l'acceptation sociale. Il nous faut également une raison de vivre : un idéal à accomplir, une responsabilité à assumer. Nous sommes conscients des conséquences de nos actes, et c'est pourquoi nous pouvons en assumer la responsabilité. Cette responsabilité va plus loin que nous ne pourrions le penser.(...)
En tant que personnes dotées d'un esprit et d'une conscience, notre responsabilité est d'encourager la compréhension et l'évaluation de l'excellence de l'esprit humain dans toutes ses manifestations, et de stimuler le respect et l'émerveillement devant un cosmos qui a produit la vie et la conscience, et qui offre la possibilité de son évolution continue vers des niveaux toujours plus élevés de discernement, de compréhension, d'amour et de compassion.(...)
Le club de Budapest
11:17 Publié dans Amour | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Littérature




